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07/11/2014

Luxembourg, pays forban de l'U.E. : Junker contre Junker !

junker dessin peterschrank.jpg

 

- Eh, Junker, ton prédécesseur, Barroso, t'a laissé un joli cadeau avant de partir : cette commission d'enquête sur les pratiques d'un pays qui a bâti sa richesse sur le maquereautage des autres pays de l'Union européenne ! Ceci à travers un régime fiscal au service de « l'optimisation fiscale » des grands groupes mondiaux. Eh ! Monsieur le président de la commission européenne, c'est un sale coup pour le Luxembourg ça.

 

- Oh, Junker, qui est-ce qui était le premier ministre du Luxembourg lorsque ces accords ont été signés ? C'est bien toi, Junker ! Alors maintenant que tu es président de la Commission, tu vas devoir faire plier Xavier Bettel, ton successeur à la tête de notre pays ! Assez cocasse comme position. Je suppose que tu ne feras pas trop de zèle pour démolir ce que tu as bâti...

 

- Junker, sache que je n'interviendrais pas dans ce bras de fer entre moi, Junker président de la Com, et le successeur de toi-moi à la tête du Luxembourg, Xavier Bettel.

 

- Eh ! Junker, tu sais comment les autres pays européens qualifie mon-ton-notre pays ? De pays-voyou, de forban de l'Europe, de maquereau.

 

- Dis, Junker, puisque c'est toi qui les as signé ces accords « scélérats » comme « ils » disent, rafraîchis-moi la mémoire. Comment ça marche cette « optimisation fiscale »

 

- Eh bien voilà, Junker. Au Luxembourg, petit État membre et l'un des fondateurs de l'Union européenne, les sociétés sont imposées à 29 %. Mais les entreprises ont la possibilité de conclure des accords au cas par cas, dits "tax rulings", avec les autorités de notre pays. Tu comprends bien, Junker, que ces négociations ne sont pas pour les PME ou les artisans. Ceux-là paient plein pot. Non, c'est pour les grands groupes mondiaux, les grandes multinationales. Celles-ci comme ceux-là mandatent de grands cabinets de conseil, au premier rang desquels PricewaterhouseCoopers. Et au final, le taux d'imposition est quasiment nul. Mais pour l’État luxembourgeois, ces quelques pour-cents de taxes laissent de très juteux revenus, étant donné l'énormité des sommes en question. L'idéal, c'est les « royalties ». Une entreprise multinationale crée une filiale chez nous, celle-ci facture à toutes les entités du groupe qui vendent un service effectif en France, en Allemagne, en Italie, bref partout, des « royalties », des redevances pour l'utilisation de la marque ! Ces redevances sont énormes et couvrent l'essentiel des bénefs de la société en question qui dès lors ne gagne plus d'argent en France, en Allemagne, en Italie ou ailleurs. Et donc ne paie pas d'impôt, ou si peu, dans les pays où elle gagne son argent, grugeant ainsi les services fiscaux locaux. Chez nous, grâce aux « tax rulings », elle paie des impôts très minimes, mais qui laissent de beaux revenu au Luxembourg.

 

- Tiens, une autre combine que tu-je as cautionné : les « pertes gagnantes ». L'entreprise, par des transferts entre filiales, se débrouille à avoir de grosses pertes, rapatriés dans sa filiale du Luxembourg, et chez nous, elle peut déduire ces pertes jusque dans ses bénéfices futurs ! Sans oublier les prêts internes d'une filiale à l'autre.

Tu n'as pas oublié tout ça Junker, maintenant que tu as monté en grade??!!

 

- Ben, tu sais Junker, maintenant que je suis président de la Commission, j'ai d'autres problèmes à résoudre alors tu comprendras que j'ai tendance à oublier ce que j'ai signé lorsque j'étais toi, premier ministre du Luxembourg

 

- Eh ! Junker, les problèmes de mémoire arrivent à tout le monde... J'espère tout de même que tu n'oublieras pas d'où tu viens, ni qui t'as fait roi ! Et que tu sauras tempérer les ardeurs des « justiciers » de ta Commission...

 

- Bien sûr, mais discrètement Junker. Discrètement...

 

 

Illustration X - Droits réservés

 

16/07/2014

Dumping fiscal, paradis fiscaux, croissance... On t'attend là, euro-citoyen Junker !

junker par A Botella.jpg

 

 

Barosso va ENFIN libéré le territoire. N'épiloguons pas sur les méfaits de ce personnage nuisible parmi les nuisibles et essayons d'avancer. La commission européenne s'est donc donnée un nouveau patron, le Luxembourgeois Jean-Claude Junker, créateur, lorsqu'il dirigeait son micro-pays, du « paradis fiscal le plus nuisible d'Europe » dixit Eva Joly qui connaît bien la question. Ce n'est pas un perdreau de l'année mais une vieille carne politique qui gravite depuis des décennies dans les milieux « responsables » de l'Europe. Il était le candidat du parti arrivé en tête aux dernières élections européennes, il est donc logique qu'il prenne la tête du pilier de l'Union : la Commission.

 

Il faut faire avec, ne lui faisons donc pas de procès d'intention. Mais on va vite voir comment il se comporte et au profit de qui il roule. En particulier dans la lutte contre...les paradis fiscaux, c'est-à-dire, en Europe, la lutte contre le dumping fiscal et les contorsions des multinationales qui jouent de ces distorsions pour « optimiser » leur fiscalité. En parlant clair, pour ne pas payer les impôts que les États dans lesquels ces entreprises prédatrices font leurs bénéfices sont légitimement en position d'attendre. On t'attend, là, euro-citoyen Junker.

 

Une des combines de ces multinationales s'appuie sur les « prix de transferts ». Il s'agit de transferts de pognon entre filiales d'une même multinationale installée dans le monde entier. Ainsi, en affectant des tarifs « pittoresques » à divers services et produits échangées entre ces filiales, les multinationales s'arrangent pour être déficitaires ou très peu bénéficiaires dans les pays à fort taux d'imposition, et ainsi faire passer l'essentiel de leurs bénéfices dans des pays « accueillants » en matière fiscale. Ainsi, Apple, Google, Dell, IBM, Starbucks et autres multinationales yankees reversent la quasi-totalité de leurs bénéfices effectués en France, en Allemagne, en Italie et dans toute l'U.E., sous forme de « royalties », à leur filiale Irlandaise dans laquelle elles concentrent la propriété des brevets et donc de tous les droits d'utilisation. Et voilà comment je t'embrouille !

 

Mais il n'y a pas que l'Irlande comme état-pirate en Europe, le Luxembourg – pays de Junker – en est un autre, et pas des moindres. Il concentre les sièges ou les filiales financières de beaucoup d'entreprises multinationales, et par des accords secrets entre l’État luxembourgeois (mais aussi hollandais, belge, britannique) et ces multinationales (les « tax ruling », se montre très accommodant sur les taxations... Junker s'est engagé durant sa campagne à « faire du droit comparé positif » (??!!) pour en finir avec cette concurrence fiscale entre États de l'Union, et à « revoir la fiscalité des entreprises ». On va voir... D'autant plus que dans l'U.E. toute décision concernant la fiscalité doit être prise à l'unanimité des 28 membres ! Bonjour l'efficacité, et merci aux Rosbifs qui ont imposé cette directive scélérate pour protéger les intérêts des vautours de la City. Il y a donc toujours un pays qui met son veto pour bloquer toute avancée conséquente en la matière. On t'attend, là, euro-citoyen Junker.

 

Les banques vont être très prochainement obligées lien à déclarer, entre autres, le nombre des personnels qu'elles emploient pays par pays, les bénéfices qu'elles réalisent pays par pays, le montant de l'impôt qu'elles y paient, pays par pays encore. On verra si Junker propose d'étendre cette excellente directive aux multinationales ! On t'attend, là, euro-citoyen Junker.

 

Junker s'est prononcé clairement, au cours de sa campagne électorale, pour la création d'un registre sur lequel il serait obligatoire d'enregistrer les noms et coordonnées de tous les bénéficiaires des trusts, edges-funds et autres officines opaques qui participent à l'évasion fiscale et au blanchiment d'argent. Registre contre lequel ferraillent entre autres les Pays-Bas et...le Luxembourg ! lien On t'attend, là, euro-citoyen Junker.

 

Ah ! C'est vrai, Junker a promis 300 milliards sur 3 ans pour relancer la « croissance ». Soit 100 milliards par an. Pour 500 millions de citoyens européens, cela fait 200 euros par citoyen. Un bon repas en famille au resto... Ma foi, c'est toujours bon à prendre. On t'attend, là encore, euro-citoyen Junker.

 

 

Octidi 28 messidor 222

 

Illustration : merci à A.Botella