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18/02/2016

GRANDES VOIX. Kamel Daoud prend du recul : «Je me résous à creuser et non déclamer.»

kamel daoud 2.jpg

 

Lettre à un ami étranger

par Kamel Daoud

Cher ami. J'ai lu avec attention ta lettre, bien sûr. Elle m'a touché par sa générosité et sa lucidité. Étrangement, ton propos est venu conforter ce que j'ai déjà pris comme décision ces jours, et avec les mêmes arguments. J'y ai surtout retenu l'expression de ton amitié tendre et complice malgré l'inquiétude.

Je voudrais cependant répondre encore. J'ai longtemps écrit avec le même esprit qui ne s'encombre pas des avis d'autrui quand ils sont dominants. Cela m'a donné une liberté de ton, un style peut-être mais aussi une liberté qui était insolence et irresponsabilité ou audace. Ou même naïveté. Certains aimaient cela, d'autres ne pouvaient l'accepter. J'ai taquiné les radicalités et j'ai essayé de défendre ma liberté face aux clichés dont j'avais horreur. J'ai essayé aussi de penser. Par l'article de presse ou la littérature. Pas seulement parce que je voulais réussir mais aussi parce que j'avais la terreur de vivre une vie sans sens. Le journalisme en Algérie, durant les années dures, m'avait assuré de vivre la métaphore de l'écrit, le mythe de l'expérience. J'ai donc écrit souvent, trop, avec fureur, colère et amusement. J'ai dit ce que je pensais du sort de la femme dans mon pays, de la liberté, de la religion et d'autres grandes questions qui peuvent nous mener à la conscience ou à l'abdication et l'intégrisme. Selon nos buts dans la vie.

Sauf qu'aujourd'hui, avec le succès médiatique, j'ai fini par comprendre deux ou trois choses.

D'abord que nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n'est pas d'un côté, on est de l'autre; le texte sur « Cologne », j'en avais écrit une partie, celle sur la femme, il y a des années. A l'époque, cela n'a fait réagir personne ou si peu. Aujourd'hui, l'époque a changé : des crispassions poussent à interpréter et l'interprétation pousse au procès. J'avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur succession dans le temps est donc un accident et pas un acharnement de ma part. J'avais écrit, poussé par la honte et la colère contre les miens, et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J'y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l'on ne peut cacher sous prétexte de « charité culturelle ». Je suis écrivain et je n'écris pas des thèses d'universitaires. C'est une émotion aussi. Que des universitaires pétitionnent contre moi aujourd'hui, pour ce texte, je trouve cela immoral parce qu'ils ne vivent pas ma chair, ni ma terre et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me servent le verdict d'islamophobie à partir de la sécurité et des conforts des capitales de l'Occident et ses terrasses. Le tout servi en forme de procès stalinien et avec le préjugé du spécialiste : je sermonne un indigène parce que je parle mieux des intérêts des autres indigènes et post-décolonisés. Et au nom des deux mais avec mon nom. Et cela m'est intolérable comme posture. Je pense que cela reste immoral de m'offrir en pâture à la haine locale sous le verdict d'islamophobie qui sert aujourd'hui aussi d'inquisition. Je pense que c'est honteux de m'accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens.

L'islam est une belle religion selon l'homme qui la porte, mais j'aime que les religions soient un chemin vers un dieu et qu'y résonnent les pas d'un homme qui marche. Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la conséquence de leurs actes et du tribunal sur la vie d'autrui.

Cher ami.

J'ai compris aussi que l'époque est dure. Comme autrefois, l'écrivain venu du froid, aujourd'hui, l'écrivain venu du monde dit « arabe » est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les médias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l'avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dénoncer. Mais je me retrouve soudainement responsable de ce qui va être lu selon les terres et les airs. Dénoncer la théocratie ambiante chez nous devient un argument d'islamophobe ailleurs. Est-ce ma faute ? En partie. Mais c'est aussi la faute de notre époque, son mal du siècle. C'est ce qui s'est passé pour la tribune sur « Cologne ». Je l'assume mais je me retrouve désolé pour ce à quoi elle peut servir comme déni et refus d'humanité de l'Autre. L'écrivain venu des terres d'Allah se retrouve aujourd'hui au centre de sollicitations médiatiques intolérables. Je n'y peux rien mais je peux m'en soustraire : par la prudence comme je l'ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais.

Je vais donc m'occuper de littérature et en cela tu as raison. J'arrête le journalisme sous peu. Je vais aller écouter des arbres ou des cœurs. Lire. Restaurer en moi la confiance et la quiétude. Explorer. Non pas abdiquer, mais aller plus loin que le jeu de vagues et des médias. Je me résous à creuser et non déclamer.

J'ai pour ma terre l'affection du déchanté. Un amour secret et fort. Une passion. J'aime les miens et les cieux que j'essaye de déchiffrer dans les livres et avec l'œil la nuit. Je rêve de puissance, de souveraineté pour les miens, de conscience et de partage. Cela me déçoit de ne pas vivre ce rêve. Cela me met en colère ou me pousse au châtiment amoureux. Je ne hais pas les miens, ni l'homme en l'autre. Je n'insulte pas les raisons d'autrui. Mais j'exerce mon droit d'être libre. Ce droit a été mal interprété, sollicité, malmené ou jugé. Aujourd'hui, je veux aussi la liberté de faire autre chose. Mille excuses si j'ai déçu, un moment, ton amitié cher A… Et si je rends publique cette lettre aujourd'hui, avant de t'en parler, c'est parce qu'elle s'adresse aux gens affectueux, de bonne foi comme toi. Et surtout à toi. A Oran.

 

Sources:

http://lequotidien-oran.com/?news=5224963
http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/11/les-fantasmes-de-kamel-daoud_4863096_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/31/cologne-li...

 

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17/03/2015

Grandes voix : Cazeneuve ou Kamel Daoud ?

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Il y a quelques jours, le citoyen-ministre Cazeneuve est venu faire sa tournée des popotes en Vaucluse. Et où est-ce qu'on l'a vu le citoyen-ministre Cazeneuve ? Dans un commissariat de police. Normal, il est le chef des flics. Et puis ? Dans une mosquée... Il est le ministre des cultes, ce n'est donc pas anormal. Mais est-ce vraiment adroit dans l'un des départements que risque de « conquérir » le F.Haine, dimanche prochain ? Parce que ça va être perçu comme une sorte d'allégeance devant une religion, ce qui n'est pas compatible avec la laïcité, pierre angulaire de notre République et, qui plus est, une religion qui est considérée – à tort et à raison - comme le fondement des mouvements terroristes islamistes. Et keskeldi Marine Le Pen ? Et keskeldi Marion Maréchal-Le Pen, député de Vaucluse ? Merci. Merci qui ? Merci Môssieur le citoyen-ministre...

En écho opposé à ces liaisons dangereuses, lisons plutôt cette chronique du grand écrivain-philosophe algérien Kamel Daoud s'adressant aux autorités de son pays, l'Algérie. Il y a pour toi, citoyen-ministre Cazeneuve, bien des enseignements à tirer :

 

« Ministres et administrateurs : de l'habitude de se justifier devant les islamistes.

 

Code de la famille, crédits logements, aides, Ansej, etc., depuis peu, les ministres ou l'administration algérienne se retrouvent de plus en plus à en justifier les formules face au binaire national du hallal/haram. On écoute, abasourdis, des ministres justifier des lois et des mesures face à la doxa islamiste comme s'il s'agissait d'une constitution, de la voix d'Allah ou de l'islam en mode copyright déposé par les islamistes. Des ministres ne trouvent déjà plus ridicule et scandaleux de se justifier, l'échine courbée, la voix douce face au courant belliqueux et totalitaire qui met le pays sous son genou et ses ablutions.

 

Étonnante soumission ambiante et confusion des genres. Cette lâche soumission part d'un principe faux : les islamistes et leurs journaux et TV sont donc l'islam et le régime doit justifier ses politiques économiques ou sociales devant cette papauté méchante. Il est donc supposé que les islamistes sont l'islam et ses propriétaires et ses représentants légitimes et le régime doit rendre compte de ses visions devant ce parlement d'Allah. Des ministres talibanisés sont aujourd'hui le signe marqueur de ce basculement de la république dans le califat diffus et ne s'en cachent pas : on ne se justifie pas devant le citoyen mais devant le croyant, on se sent coupable face aux islamistes et pas face à la république, on prend des gants pour s'expliquer devant une version de la charia et pas devant une constitution, une démocratie (même formelle) et devant une nation. Le lexique ambiant est celui de «ne pas heurter», ménager «les sensibilités», s'adapter aux «valeurs de la famille algérienne», ne pas être en contradiction avec les fatwas.

 

Et le pire dans l'équation, est qu'il ne s'agit pas d'islam mais d'islamistes «normalisés» que ce régime et ses ministres, parfois en mode sous-culture et lâcheté détestable, tentent désormais de ménager. Ils le font dans le discours, dans leurs propres familles et affichent le turban dans leur entourage. Aucune nuance n'est désormais de mise entre république et talibans, ni entre islam et islamistes, ni entre droits et lois, et fatwas et pressions idéologiques des islamistes. Rien. L'islam c'est les islamistes puisqu'ils crient plus forts, peuvent tuer, hurler et marcher. C'est le pays «du bras» et c'est donc eux qu'il s'agit de traiter avec égards, pas cette nation pour qui des gens ne cessent de mourir depuis des siècles.

 

Pourquoi ces ministres ne se sentent d'obligation de se justifier que devant les courants conservateurs ? Parce que c'est un rapport de force, parce qu'ils sont idéologiquement souvent lâches et peureux, parce que c'est un peu la tendance générale de se sentir, chez les élites, coupable et contrit face aux propriétaires d'Allah et de son Coran. Cette culpabilité des élites est étonnante : on se justifie, on s'explique, on s'étale devant ceux qui ont cette insolence fantastique de se proclamer représentants de Dieu à l'exclusion des autres. L'islam appartient-il aux islamistes ? Non. Leur interprétation des textes est-elle la plus justifiée ? Bien sûr que non. Ont-ils ce droit d'élus de peser sur une politique ? Oui, en tant que citoyens, pas en tant que croyants dépositaires de la vérité absolue. Alors que cela cesse. C'est honteux de la part d'élites dirigeantes de venir ramper devant la barbe et de se comporter en larbins pour se sentir absout de cette sale culpabilité qu'ils ont devant des meurtriers de gens ou de sens. Les islamistes et les imams jacassants ne sont pas l'Algérie, ne sont pas son Parlement, ne sont pas les délégués de Dieu et ne sont pas les propriétaires de cette religion ni de son texte. »

 

Voilà. Citoyen-ministre Cazeneuve, note la dignité et le courage du propos de la part d'un homme « condamné à mort » par une « fatwa » de ces nazislamistes. Et prends-en de la graine.

 

 

Sources :

 

https://www.facebook.com/pages/La-chronique-de-Kamel-DAOU...

http://blogs.mediapart.fr/blog/roger-evano/120315/la-chronique-de-kamel-daoud

 

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19/01/2015

Mais d’où nous viennent les islamistes ?

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Kamel Daoud, vous connaissez : c'est ce prestigieux écrivain algérien, qui a manqué d'une seule voix le prix Goncourt de littérature cet automne pour son roman Meursault, contre-enquête (Actes Sud). Cet homme de savoir, d'ouverture, de grand talent vit actuellement sous la menace d'une « fatwa », c'est-à-dire d'un appel à l'assassinat, comme pour Charlie. L’écrivain estime que « ceux qui défendent l’islam comme pensée unique le font souvent avec haine et violence. Ceux qui se sentent et se proclament Arabes de souche ont cette tendance à en faire un fanatisme plutôt qu’une identité heureuse ou un choix de racine capable de récoltes. Ceux qui vous parlent de constantes nationales, de nationalisme et de religion sont souvent agressifs, violents, haineux, ternes, infréquentables et myopes : ils ne voient le monde que comme attaques, complots, manipulations et ruses de l’Occident. Le regard tourné vers ce Nord qui les écrase, les fascine, les rend jaunes de jalousie. »

 

Nous avons tous un grand intérêt à écouter, à lire ce que pensent, disent et écrivent ces élites musulmanes. Voici un texte publié en 2012 par Kamel Daoud :

« La religion, c’est comme un appel en absence d’un numéro masqué : vous savez qu’on vous a appelé, mais vous ne savez pas qui. Alors, vous dites que c’est Allah, Dieu, Jéhovah, Bouddha ou le Râ. La révélation, c’est comme un SMS : cela doit vous dire tout, mais en trois lignes et 150 caractères. A vous d’interpréter. La foi est une ligne d’abonné. La croyance se recharge comme des unités. Trêve d’humour. Le sujet du jour est une question : pourquoi les islamistes sont des islamistes qui veulent imposer la chariâ partout ? Ils sont comme nous, vivent et respirent et vont aux toilettes. Pourquoi à un moment, ils se prennent pour les guichetiers du ciel et les émissaires de Dieu ? Pourquoi ils n’aiment pas la nudité, la femme, la liberté, le choix, l’homme, l’urne et le choix du choix ? Pourquoi ils sont comme ça : violents, laids, souffreteux et impénétrables aux nuances de l’humanité ? A quel moment un être humain devient un être islamiste ? Faute d’amour ? De bons livres ? D’accès à canal + ? D’attente déçue ? D’emploi ou de sens ? D’où viennent les Djihadistes justement ? Qui les enfantent ? D’où vient l’islamisme ?

 

Réponse : de l’école. Ensuite, plus profond, des livres qui sont en circulation, puis des chaînes satellitaires religieuses, de la question palestinienne et des échecs sensuels et amoureux et de salaires et de voyages ratés. Ensuite ? Là, il faut le dire comme l’a dit un collègue : de l’Arabie Saoudite. Ce pays qui mange l’argent des pèlerins crédules et vit d’être le PDG des Lieux Saints, qui exporte le pétrole vers l’Occident et le wahhabisme vers le monde « arabe ». C’est de là que viennent ces idées qui empêchent les femmes de prendre le volant des voitures et les « arabes » de prendre le volant du monde. C’est de là que vient l’argent des élections, des maquis, des Djihadistes. Et ce n’est pas de la propagande bas de gamme pro-occidentale mais la réalité : ce pays exporte la mort et forme nos malades tueurs de lueurs et de levers de soleil. La source du Mal est là : dans ce pays qui lutte contre le terrorisme chez lui mais l’encourage ailleurs comme un désert qui avance. Les islamistes sont les petits pupilles de cette nation familiale : ils y tètent les idées noires et l’irrespect des libertés au nom d’une obligation de croyance. C’est dans ce pays, et son sosie l’Iran, que naissent ces fatwas qui nous ridiculisent et ces Cheikhs pervers chevillés à la libido par la tête, la haine.

 

Car il faut se poser la question sur les « islamistes » et leur origine idéologique. Le rêve d’AQMI, c’est le remake pauvre de ce Royaume. La question a longtemps préoccupée le chroniqueur : d’où viennent les islamistes qui naissent comme nous avant de se transformer contre nous ? Qui a fait que des enfants se transforment en hideux guerriers d’AQMI et d’ailleurs ? Des idées. Des idées surtout qui viennent de ce pays de sable et de mort où un peuple entier est condamné à être serviteur des faux serviteurs de ces Lieux. Du coup, une conclusion : le vrai printemps arabe commencera le jour où ce foyer sombre sera éclairé par la révolte et le sursaut de son peuple qui tourne en rond autour d’une famille. C’est de là que nous viennent ces méchants tristes qui veulent emprisonner nos femmes, voler nos arbres, nous imposer les ablutions après les éternuements et nous faire croire que l’on peut marcher vers la lune, le front en semelle de leurs croyances. C’est le jour où l’on cassera le tabou derrière lequel se cache les Al Saoud pour se proclamer garants de nos croyances et gardiens des espaces sacrés, que nous entameront la marche du monde. AQMI et les autres ? Se ne sont que les enfants perdus de la monstrueuse paternité de ce Royaume. Il ne sert à rien de lutter contre le terrorisme sans s’avouer qu’il a une origine et des Pères fondateurs. »

 

 

jamel debbouze.jpgEcoutons aussi ce que dit (TF1 dimanche « 7 à 8 » – Le Parisien  )l'un des acteurs du chobise parmi les plus aimés de France, Jamel Debbouze :

«J'ai passé mon temps à ne pas dire que j'étais musulman. Pas parce que je n'étais pas fier, loin de là. Mais parce que je considérais que ce n'était pas un sujet, qu'on n'avait pas besoin d'affirmer son identité ou sa différence » Aujourd'hui, j'ai presque besoin de le revendiquer comme pour dire : ne vous inquiétez pas, on est pareil, malgré nos différences. Je suis Français, musulman, artiste, je suis né à Barbès, j'ai grandi à Trappes, je suis père de deux enfants, marié à une chrétienne journaliste très, très belle (ndlr : Mélissa Theuriau). Et ça, pour moi, c'est la France. La France, c'est ma mère, on ne touche pas à ma mère ! »

Questionné sur les élèves n'ayant pas voulu respecter la minute de silence en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, Jamel Debbouze a poussé un cri de colère. 
« C'est complètement débile, c'est irrespectueux. Ça ne se fait pas de ne pas respecter les morts. On ne se comporte pas comme ça. C'est sans précédent ce qui est arrivé, c'est arrivé au cœur de la capitale et ça concerne tout le monde ! (...) Ces gamins-là ils ne sont pas éduqués, ne sont pas encadrés ou ne sont tout simplement pas aimés. »

 

Tenez: voilà un lien fort éclairant...sur "Inspire", le magazine pratique des jihadistes

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 Et, faites-vous plaisir :

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18/12/2014

L'écrivain Kamel Daoud a dit la vérité : il doit être assassiné !

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C'est la signification de la « fatwa » (appel au meurtre) assénée par le ci-devant imam Abdelfatah Hamadache Ziraoui qui dirige en Algérie le Front de l’éveil islamique salafiste, à l'encontre de Kamel Daoud, journaliste chroniqueur au « Quotidien d'Oran » mais aussi écrivain de grand renom : il a raté le Goncourt de cette année d'une voix ("Meursault, contre-enquête"). Ce dangereux illuminé considère que Daoud « mène une guerre contre Allah, son prophète, le Coran et les valeurs sacrées de l’islam ». Il le juge coupable du crime d’apostasie, passible de la peine de mort selon la loi coranique. Ce ne sont pas, hélas, des propos en l'air. Des dizaines d'intellectuels algériens ont été assassinés il y a quelques années. Et n'oublions pas Salman Rushdie...

 

Croire, mais surtout ne pas penser ! Tel est le let-motiv de toutes les religions, et particulièrement des plus nuisibles, celle dites "du Livre".

 

Kamel Daoud a répondu à cet appel à la haine, avec dignité, courage et lucidité :

 

« 50 nuances de haine.

 

Question fascinante : d'où vient que certains se sentent menacés dans leur identité, dans leur conviction religieuse, dans leur conception de l'histoire et dans leur mémoire dès que quelqu'un pense autrement qu'eux ? La peur d'être dans l'erreur les poussant donc à imposer l'unanimité et combattre la différence ? De la fragilité des convictions intimes ? De la haine de soi qui passe par la haine de l'Autre ? De toute une histoire d'échecs, de frustrations, d'amour sans issue ? De la chute de Grenade ? De la colonisation ? Labyrinthe. Mais c'est étrange : ceux qui défendent l'islam comme pensée unique le font souvent avec haine et violence. Ceux qui se sentent et se proclament Arabes de souche ont cette tendance à en faire un fanatisme plutôt qu'une identité heureuse ou un choix de racine capable de récoltes. Ceux qui vous parlent de constantes nationales, de nationalisme et de religion sont souvent agressifs, violents, haineux, ternes, infréquentables et myopes : ils ne voient le monde que comme attaques, complots, manipulations et ruses de l'Occident. Le regard tourné vers ce Nord qui les écrase, les fascine, les rend jaunes de jalousie. Le dos tourné à l'Afrique où l'on meurt quand cela ne les concerne pas : Dieu a créé l'Occident et eux comme couple du monde, le reste c'est des déchets. Il y a des cheikhs et des fatwas pour chaque femme en jupe, mais pas un seul pour nourrir la faim en Somalie. L'abbé Pierre n'est pas un emploi de musulman ?

 

Laissons de côté. Gardons l'œil sur la mécanique : de quoi est-elle le sens ? Pourquoi l'identité est morbidité ? Pourquoi la mémoire est un hurlement par un conte paisible ? Pourquoi la foi est méfiance ? Mais que défendent ces gens-là qui vous attaquent chaque fois que vous pensez différemment votre nationalité, votre présent ou vos convictions religieuses ? Pourquoi réagissent-ils comme des propriétaires bafoués, des maquereaux ? Pourquoi se sentent-ils menacés autant par la voix des autres ? Étrange. C'est que le fanatique n'est même pas capable de voir ce qu'il a sous les yeux : un pays faible, un monde «arabe» pauvre et ruiné, une religion réduite à des rites et des fatwas nécrophages après avoir accouché, autrefois, d'Ibn Arabi et un culte de l'identité qui ressemble à de la jaunisse.

 

C'est qu'il ne s'agit même pas de distinctions idéologiques, linguistiques ou religieuses : l'imbécile identitaire peut tout aussi être francophone chez nous, arabophone, croyant ou passant. Un ami expliqua au chroniqueur que la version cheikh Chemssou laïc existe aussi : avec la même bêtise, aigreur, imbécillité et ridicule. L'un parle au nom de Dieu, l'autre au nom des années 70 et de sa conscience politique douloureuse et l'autre au nom de la lutte impérialiste démodée ou du berbérisme exclusif. Passons, revenons à la mécanique : de quoi cela est-il le signe ? Du déni : rues sales, immeubles hideux, dinar à genoux, Président malade, une dizaine de migrants tués dans un bus sur la route du rapatriement, dépendance au pétrole et au prêche, niveau scolaire misérable, armée faiblarde du Golfe à l'océan, délinquances et comités de surveillance du croissant, corruption, viols, émeutes. Rien de tout cela ne gêne. Sauf le genou de la femme, l'avis de Kamel Daoud, le film «l'Oranais», dénoncer la solidarité assise et couchée avec la Palestine, l'Occident en général, le bikini en particulier et l'affirmation que je suis Algérien ou le cas d'Israël comme structure des imaginaires morbides.

 

Pourquoi cela existe ? Pourquoi l'âme algérienne est-elle encerclée par une meute de chiens aigus et des ogres pulpeux ? »

 

Nous avons déjà parlé de Kamel Daoud. Lisez, offrez son livre inspiré de Camus (Meursault, contre-enquête), c'est un souffle d'air pur.

 

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04/11/2014

Kamel Daoud parle des islamistes : courage, lucidité, talent.

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Sera-t-il couronné par le Goncourt demain, pour son roman "Meursault, contre-enquête", inspiré de Camus ? Ce matin, sur France-Inter, après les logorrhées habituelles du ci-devant Cohen Patrick, j’ai entendu, puis écouté des propos qui faisaient « tilt » à mes oreilles. Ces propos étaient ceux de Kamel Daoud, écrivain algérien. Je vous propose donc un texte lucide, courageux et sans langue de bois de ce grand monsieur :

 

Mais d’où nous viennent les islamistes ? par Kamel Daoud

La religion, c’est comme un appel en absence d’un numéro masqué : vous savez qu’on vous a appelé, mais vous ne savez pas qui. Alors, vous dites que c’est Allah, Dieu, Jéhovah, Bouddha ou le Râ. La révélation, c’est comme un SMS : cela doit vous dire tout, mais en trois lignes et 150 caractères. A vous d’interpréter. La foi est une ligne d’abonné. La croyance se recharge comme des unités. Trêve d’humour. Le sujet du jour est une question : pourquoi les islamistes sont des islamistes qui veulent imposer la chariâ partout ? Ils sont comme nous, vivent et respirent et vont aux toilettes. Pourquoi à un moment, ils se prennent pour les guichetiers du ciel et les émissaires de Dieu ? Pourquoi ils n’aiment pas la nudité, la femme, la liberté, le choix, l’homme, l’urne et le choix du choix ? Pourquoi ils sont comme ça : violents, laids, souffreteux et impénétrables aux nuances de l’humanité ? A quel moment un être humain devient un être islamiste ? Faute d’amour ? De bons livres ? D’accès à canal + ? D’attente déçue ? D’emploi ou de sens ? D’où viennent les Djihadistes justement ? Qui les enfantent ? D’où vient l’islamisme ?

 

Réponse : de l’école. Ensuite, plus profond, des livres qui sont en circulation, puis des chaines satellitaires religieuses, de la question palestinienne et des échecs sensuels et amoureux et de salaires et de voyages ratés. Ensuite ? Là, il faut le dire comme l’a dit un collègue : de l’Arabie Saoudite. Ce pays qui mange l’argent des pèlerins crédules et vit d’être le PDG des Lieux Saints, qui exporte le pétrole vers l’Occident et le wahabisme vers le monde « arabe ». C’est de là que viennent ces idées qui empêchent les femmes de prendre le volant des voitures et les « arabes » de prendre le volant du monde. C’est de là que vient l’argent des élections, des maquis, des Djihadistes. Et ce n’est pas de la propagande bas de gamme pro-occidentale mais la réalité : ce pays exporte la mort et forme nos malades tueurs de lueurs et de levers de soleil. La source du Mal est là : dans ce pays qui lutte contre le terrorisme chez lui mais l’encourage ailleurs comme un désert qui avance. Les islamistes sont les petits pupilles de cette nation familiale : ils y tètent les idées noires et l’irrespect des libertés au nom d’une obligation de croyance. C’est dans ce pays, et son sosie l’Iran, que naissent ces fatwas qui nous ridiculisent et ces Cheikhs pervers chevillés à la libido par la tête et la haine.

 

Car il faut se poser la question sur les « islamistes » et leur origine idéologique. Le rêve d’AQMI, c’est le remake pauvre de ce Royaume. La question a longtemps préoccupée le chroniqueur : d’où viennent les islamistes qui naissent comme nous avant de se transformer contre nous ? Qui a fait que des enfants se transforment en hideux guerriers d’AQMI et d’ailleurs ? Des idées. Des idées surtout qui viennent de ce pays de sable et de mort où un peuple entier est condamné à être serviteur des faux serviteurs de ces Lieux. Du coup, une conclusion : le vrai printemps arabe commencera le jour où ce foyer sombre sera éclairé par la révolte et le sursaut de son peuple qui tourne en rond autour d’une famille. C’est de là que nous viennent ces méchants tristes qui veulent emprisonner nos femmes, voler nos arbres, nous imposer les ablutions après les éternuements et nous faire croire que l’on peut marcher vers la lune, le front en semelle de leurs croyances. C’est le jour où l’on cassera le tabou derrière lequel se cache les Al Saoud pour se proclamer garants de nos croyances et gardiens des espaces sacrés, que nous entameront la marche du monde. AQMI et les autres ? Ce ne sont que les enfants perdus de la monstrueuse paternité de ce Royaume. Il ne sert à rien de lutter contre le terrorisme sans s’avouer qu’il a une origine et des Pères fondateurs.

 

Sources : http://nadorculturesuite.unblog.fr/2012/04/08/mais-dou-no...

 

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