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06/11/2014

Au bistro de la toile : buralistes et agriculteurs.



chimulus bistro copie.jpg

 

- Oh ! Loulle, tu fais pas la manif des buralistes ?

 

- Eh ! T'as mis tes lunettes en peau de saucisson ? Tu ne t'es pas encore rendu compte que je désaltère mes clients assoiffés, je leur vends les journaux mais pas de tabac !

 

- Ça va Loulle. C'est pour un peu te faire encagner !

 

- Remarque, les buralistes qui gueulent, on peut comprendre ceux qui sont en zones frontalières. Les autres... Plus les prix augmentent, plus ils gagnent ! Sauf si la consommation baisse. Ça le fait un peu, mais pas longtemps... Actuellement, ils gueulent contre l'augmentation des taxes sur les cigares (Le Davidof est un produit de pauvres, c'est bien connu) et contre le « risque » de banalisation des paquets de cigarettes.

 

- Bof. On a là un épiphénomène strictement corporatiste. Il faut savoir que, à présent, les taxes prélevées sur le tabac vont intégralement à la Sécu. Et puis, moi, je ne fume pas. Alors, égoïstement, leur combat, je m'en fous...

 

- Ah ! Il y a les paysans aussi. Ils ont balancé, partout en France, des patates, des pommes, ils ont arrosés copieusement de lisier les rues et les établissements administratifs, ils n'ont pas été avares de fumiers les FNSEA-boy's !

 

- Leur action a été contradictoire : d'un côté ils pourrissent les rues et la ville avec leur fumier et leur lisier, de l'autre ils distribuent gratos leurs produits. D'un côté ils saccagent, de l'autre ils veulent faire jouer la fibre patriotique en demandant Français de manger « français »... Ils salopent et veulent se faire aimer...

 

- On peut comprendre leur rabia,Victor, lorsque l'on sait que les cantines d'écoles, les hôpitaux et autres restaurants de collectivités utilisent une majorité de fruits et légumes étrangers !

 

- On touche là une des stupidités de la « libre concurrence » européenne... L'école ou l’hôpital de Chateaurenard – au centre d'un des jardins de la France - sont incités à acheter des fruits espagnols et des patates allemandes !

 

- Ils gueulent aussi parce qu'ils ne gagnent plus un fifrelin à cause d'une distorsion de concurrence avec les producteurs espagnols, allemands, polonais et autres qui n'ont pas es mêmes normes sociales et environnementales.

 

- Ah ! Ces fameuses « contraintes environnementales » ! En fait Loulle, la FNSEA – syndicat productiviste s'il en est – rugit dans les brancards contre la directive Nitrates qui impose depuis l’été dernier aux exploitants d’investir du pognon pour limiter la pollution des eaux par ces dérivés d’engrais azotés qui sont les premiers responsables de la prolifération des algues vertes !

 

- Sans oublier les pesticides... Quand je vais pédaler dans la Barthelasse, je fuis vite vite quand j'entends les souffleries de ces énormes machines qui balancent des nuages de pesticides sur pommes, poires, pêches !

 

- Et tu sais ce qu'ils répondent les exploitants agricoles si tu leur parles de ça ? Et les pesticides ? « Au nom de quoi on devrait arrêter de traiter, même si ça impacte le milieu et la santé des agriculteurs ? J’ai choisi d’être agriculteur pour produire, or on ne peut pas nourrir la population sur un modèle bio, c’est réservé à une élite»,

 

- Les agriculteurs ont perdus depuis longtemps ce bon sens terrien qui faisait leur spécificité. Ils ne méritent plus le beau nom de paysans...

 

- On n'a que les syndicats que l'on mérite. Et la FNSEA ne fait rien pour inciter ses troupes à opter pour un modèle agricole différent, plus respectueux des humains comme de la nature, et surtout qui les sorte de cette course au moins disant en matière sociale et environnementale. Sans oublier qu'ils ont déjà beaucoup obtenus : abandon de l'écotaxe, agrandissement des porcheries, détaxe du gazole, etc.

 

- De toute façon, ils peuvent gueuler, casser, saccager, ils savent qu'ils ne risquent rien.

 

- S'ils sont de la FNSEA. Par contre s'ils sont de la Confédération paysanne : au trou ! Comme les déboulonneurs de l'usine aux mille vaches de la Somme...

 

- Allez ! Á la nôtre !

 

Illustration : merci à Chimulus

 

 

* * * * * * * *

 

manitas de plata.jpg

 

 

Manitas de plata. Notre ami. Mon ami...

Ce flamboyant magicien de la guitare est aller agrémenter

les fêtes dans les vignes du seigneur.

 

Levons nos verres en sa mémoire.

 

Adios, amigo !

 

https://www.youtube.com/watch?v=lj_WZZqyMoI&index=2&a...

 

 

18/08/2013

Ouiquinde gastronomique sous le vent de Camargue

 

Gardiane copie.jpg

 

 

La gardiane camarguaise

 

 

 

Tout Provençal se doit, au moins une fois l'an,

 D'aller se ressourcer, reprendre son élan,

 De mettre le vaisseau de sa vie au grand largue

 Dans l'eau, le sel, le vent, le soleil de Camargue.

 Terres demi-noyées, secouées de mistral

 - Jumeau du fleuve-dieu, fleuve d'air magistral - ­

 Pétries et façonnées par le Rhône et la mer,

 Puis soudain ravagées par le fleuve en colère.

 Terres où le soleil fait naître des mirages,

 Terre où le sol et l'onde hésitent leur partage,

 Terres de solitude, rivages de naufrage,

 Qui mesurent les hommes à l'aune du courage.

 Digues, lônes, marais, étangs, sables mouvants,

 Boue sèche et craquelée, cristaux étincelants

 Du sel sur la sansouire, faisceaux arachnéens

 Des tamaris en fleurs d'où s'envolent soudain

 Des millions d'oiseaux venus d'ailleurs lointains,

 Royaume incontesté des flamands africains.

 Terre des chevaux blancs et des taureaux sauvages,

 Où Mithra règne en dieu depuis le fond des âges.

 Il faut voir la Camargue lorsque 1 'hiver l'étreint

 Lorsque le ven terraù sauvage court sans frein,

 Lorsque les Camarguais déplacent la manade:

 Des milliers taureaux menés en cavalcade.

 Conduits par cent gardians, par cent puissants centaures

 Défile l'infernal troupeau de minotaures,

 Taureaux noirs, chevaux blancs, aux narines fumantes

 Remplissent la contrée d'une clameur géante.

 Taureaux dont les meilleurs combattront dans l'arène

 Face aux hommes, mains nus, que leur fierté entraîne

 Entre les noirs poignards. Pour la rouge cocarde

 Et les yeux d'une belle, ils défient la Camarde!

 Certains de ces taureaux, à l'ardeur légendaire,

 Adulées tels des dieux par la gent populaire,

 Sont enterrés debout et ont leur mausolée,

 Comme le grand Goya (1), l'immense Sanglier (2).

 Ceux qui n'ont pas le sang pour les j eux et la gloire

 Termineront leur vie dans une rôtissoire,

 Car en mangeant Mithra, les Provençaux dévorent,

 Avec sa chair, sa force. Et, ce faisant, l’honorent.

 Cette hostie des gardians s'appelle "La gardiane".

 — Oh ! Victor. Et alors, on les coupe ces couennes?

     Bien sûr, petit, mais je voulais que tu comprennes

 Que c'est un plat sacré, et qu'il en vaut la peine.

 Fais mariner trois tranches de taureau bien épaisses

 Dans le l'huile d'olive. Rajoute avec largesse

 Poivre et clous de girofle, ail, oignon, thym, laurier.

 Laisse toute la nuit, comme pour du gibier.

 Au fond de ta marmite, en fonte uniquement,

 Dispose quelques couennes, de porc évidemment,

 Sur lesquelles tu places une première tranche.

 Couvre avec de l'oignon et de l'ail effilés,

 Carottes en rondelles et du persil en branche,

 Sel, poivre du moulin, un anchois en filets.

 Tu fais ainsi trois couches. Enfin, pour terminer,

 Zeste d'orange séché, girofle, laurier, thym,

 Puis tu mouilles avec six grands verres de bon vin,

 Du Costières de Nîmes, rouge carabiné.

 Met ta marmite au four, fermée soigneusement,

 Et fais cuire cinq heures, doucement, lentement.

 Ce taureau parfumé, tendre, confis, moelleux,

 Découvre-le sur table, et accompagne-le

 D'une jatte fumante de long riz camarguais.

 Dans les verres tu sers un Gallician bien gai.

 Mais attention, petit, le riz est un plat riche,

 N'en fais pas - c'est courant - de la colle d'affiche.

 Pour qu'il ne colle pas, tu dois bien le laver,

 C'est donc tout l'amidon qu'il te faut enlever.

 Dans une jatte creuse ou un plat similaire,

 Tu frottes entre tes mains le riz dans de l'eau claire,

 Tu changes et recommences dès que ton eau blanchit,

 Après quoi tu égouttes, tu bois et réfléchis:

 Il y a plusieurs façons de cuire le riz blanc,

 Comme les Espagnols, comme les Catalans,

 Comme les Vietnamiens ou comme les Créoles,

 Surtout pas comme les Français de métropole!

 À Saigon ou Vientiane, à Phnom Pen ou... Paris

 C'est deux mesures d'eau par mesure de riz,

 Tu couvres quand ça bout et tu réduis la flamme,

 Si ça attache au fond, tu n'en fais pas un drame,

 Tu ne sales pas l'eau, tu ne remues jamais,

 Et tu laisses gonfler en tenant bien fermé.

 Mais comme à Fort-de-France ou bien à Pointe-à-Pitre,

 Tu fais bouillir ton riz dans de l'eau, plusieurs litres,

 Légèrement salée. Quand c'est cuit tu égouttes,

 Puis tu réserves au chaud, du beurre tu ajoutes.

 Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,

 Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre

 D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc

 Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.

 

 

Ingrédients et proportions pour six personnes:

 

- Trois tranches épaisses de taureau à braiser, environ un kilo, - 4 ou cinq couennes de porc, - 1 kilo d'oignons paille émincés, - 2 têtes d'ail éplu­chées et également émincées, - 1 kilo de carottes découpées en rondel­les, - 4 ou 5 branches de persil non frisé, - 3 anchois en filets, - 3 verres d'huile d'olive, - 3 cuillerées à soupe de sel de Camargue, - poivre noir du moulin à la demande, - 6 clous de girofle, - 4 feuilles de laurier, - 3 cuillerées à soupe de sommités sèches de thym ou 3 ou 4 belles bran­ches de thym frais, - 1 zeste d'écorce d'orange séché, - 1 bouteille de bon vin rouge, - 500 grammes de riz long de Camargue.

 

 Les vins conseillés:

 

La gardianne est un plat de haut goût qui demande des vins rouges puissants, épicés, tanniques. De grands Costières de Nîmes, comme les Gallician font parfaitement l'affaire. Mais on l'accompagnera éga­lement avec bonheur d'un Côtes-du-Rhône de Saint-Joseph, d'un Croze­Hermitage, d'un Vacqueyras, d'un Gigondas, d'un Lirac ou d'un des nombreux crus "Villages" des Côtes-du-Rhône.

 

En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Mi­nervois, Fitou, Collioure.

 

En vins de Provence: Bandol, Bellet, Palette, Pierrefeu, Gonfaron.

 

(1)    (2) "Goya ", "Sanglier": noms de taureaux cocardiers célèbres. "Goya" a une statue à Beaucaire, "Sanglier" un mausolée à l'entrée de Le Cailar, en Camargue.

 

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Il y a quelques semaines, je vous signalai les problèmes de Manitas, 92 printemps. Manitas, l'homme aux doigts d'argent qui a vendu 93 millions d'album, brassé des millions, tutoyé tous les grands de la terre. Manitas, superbe cigale qui a chanté tout son été et dépensé sans compter, est aujourd'hui seul, pauvre, ruiné, abandonné (presque) de tous. Il vit quasi grabataire dans un petit logement de 35 mètres carrés à La Grande-Motte

 

Je viens de recevoir de Nathalie, son ancienne compagne qui, elle, ne l’oublie pas, cette information le concernant :

 

« Aujourd'hui, nous avons le plaisir de vous informer que la création de "Manitas de Plata Association" a bien été validée par la Préfecture.
Nous sommes dorénavant en mesure de mener des actions au nom de l'Association et de récolter des dons.

 

Si vous souhaitez aider Manitas ou faire passer le message autour de vous, voici les informations nécessaires pour l'envoi d'un chèque :
à l'ordre de "Manitas de Plata Association"
Adresse : 
Manitas de Plata Association
chez Nathalie Stickelbaut
Le Temple du Soleil - Bât. F
272 rue F. Mistral
34280 LA GRANDE MOTTE

 

Nous avons entamé d'autres actions mais qui ne porteront leurs fruits qu'à plus long terme et nous avons des urgences à résoudre donc toute aide financière est bienvenue.

 

Si vous avez d'autres idées qui pourraient permettre de récolter des fonds et d'aider Manitas à continuer à vivre chez lui, n'hésitez pas à nous en faire part.

 

Vous serez informé des différentes actions que nous menons par le biais d'un site internet en cours de création. »

 

Pourquoi ne pas lui envoyer le prix d’un CD, autour de 20 euros ! Mais directement à lui à travers l’association. Au moins, ça n'engraissera pas les "majors" qui se sont gavés sur son talent...

 

En cadeau voici une bringue avec Manitas et ses amis au bistro-restaurant Les Vagues, aux Saintes-Marie-de-la-mer. J’ai eu la chance de participer à quelques uns de ces grands moments !

 

http://www.youtube.com/watch?v=iu4_nWVCBtU

 

et aussi de grands moments de concert de ce Mozart de la guitare flamenca :

 

 http://www.youtube.com/watch?v=Eex1aqbfP08

 

 Primidi 1er Fructidor 221


Illustration Vincent Barbantan

Photo X - Droits réservés

25/07/2013

Manitas de Plata, vous connaissez ?

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Bien sûr, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Manitas, c'est l'inégalé parce qu'inégalable « rey » du flamenco camarguais. Tous les groupes genre Gypsy kings et autres qui prospèrent sur ce genre de musique ne sont que des sous produits du renouveau flamenco initié par Manitas de Plata en France au même titre que Cameron de la Isla en Andalousie.

 

J'ai eu l'honneur et la chance de côtoyer Ricardo Ballardo – c'est le vrai nom de Manitas de Plata – lorsqu'il explosait de bonheur la tête de ses amis ébahis, à la  terrasse du bistro-resto « Les vagues », sur le front de plage, à Saintes-Maries-de-la-mer... C'était la fête enchantée.

Sous les doigts ailés de ce magicien, les notes s'envolent en trilles serrées, en un rythme qui vous envoûte et vous fait décoller.

Sous ses doigts ailés naissent les galops sauvages des chevaux libres de Camargue, le souffle rauque des toros aux cornes de lyres.

Sous ses doigts ailés se dessinent les terres demi-noyés, secouées de mistral, mariage cosmique de l'eau, du sel, du vent, du soleil. Les terres pétries et façonnées par les épousailles du Rhône et de la Mer. Terres de solitudes, terres de mirage, rivages de naufrage. Digues, lônes, marais, étangs, sables mouvants. Cristaux étincelants du sel sur la sansouire, faisceaux arachnéens des tamaris en fleur d'où s'envolent soudain des millions d'oiseaux venus d'ailleurs lointains. Terre des chevaux blancs et des taureaux sauvages, où Mithra règne en dieu depuis le fond des âges.

 

C'était tout ça et mille fois plus Manitas de Plata. Ami de Dali, de Picasso, amant des plus belles femmes des Trente glorieuses. Manitas, l'homme aux doigts d'argent qui a vendu 93 millions d'album, brassé des millions, tutoyé tous les grands de la terre.

 

Manitas, superbe cigale qui a chanté tout son été et dépensé sans compter, est aujourd'hui seul, pauvre, ruiné, abandonné (presque) de tous. Il vit quasi grabataire dans un petit logement de 35 mètres carrés à La Grande-Motte. « L’argent que j’ai gagné, confesse-t-il avec pudeur à Guillaume Atchouel dans une émouvante interview paru dans La Dépêche,je l’ai dépensé en m’amusant et j’en ai énormément donné autour de moi, à des gitans comme moi qui étaient pauvres. Je faisais vivre plusieurs familles et il m’arrivait souvent de payer un mariage ou un enterrement à des cousins éloignés ou à des gitans que je connaissais à peine. Je ne regrette pas. Si j’avais à nouveau de l’argent, j’en donnerais toujours autant. L’argent c’est fait pour ça. Ce qui est difficile, c’est de voir que quand tout va bien vous avez plein d’amis et que quand vous êtes ruiné, quasiment tout le monde vous abandonne. »

 

Manitas, né dans une roulotte à Sète, n'a jamais eu le culte de l'argent, le besoin de faire prospérer ses gains en un patrimoine terrien. « Pour nous, les gitans, acheter de la terre ça ne se fait pas. La terre c’est pour les morts... ». Il le regrette probablement mais...



Manitas a 92 printemps. Il rêve de remonter sur scène mais, depuis deux ans, ses mains ne lui permettent plus de d'enchanter sa guitare. Manitas a besoin qu'on l'aide. Oh ! il ne demande pas grand chose : seulement de pouvoir payer une auxiliaire de vie...


Les fourmis qu'il a fait rêver ne pourraient donner peu de dignité et de réconfort pour à une  superbe cigale?



Nathalie, son ancienne compagne, a créé une association pour l'aider : contact@manitas-de-plata.fr



Septidi 7 Thermidor 221



 

Photo X – Droits réservés


http://www.youtube.com/watch?v=w2NUQm3CzuA