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29/01/2018

Grande voix : Alain et « les moutons ».

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Par cette parabole, le philosophe Alain donne à méditer sur la manipulation des esprits et la servitude volontaire des soumis.

Le mouton est mal placé pour juger ; aussi voit-on que le berger de moutons marche devant, et que les moutons se pressent derrière lui ; et l’on voit bien qu’ils croiraient tout perdu s’ils n’entendaient plus le berger, qui est comme leur dieu. Et j’ai entendu conter que les moutons que l’on mène à la capitale pour y être égorgés meurent de chagrin dans le voyage, s’ils ne sont pas accompagnés par leur berger ordinaire. Les choses sont ainsi par la nature ; car il est vrai que le berger pense beaucoup aux moutons et au bien des moutons ; les choses ne se gâtent qu’à l’égorgement ; mais c’est chose prompte, séparée, et qui ne change point les sentiments.

Les mères brebis expliquent cela aux agneaux, enseignant la discipline moutonnière, et les effrayant du loup. Et encore plus les effrayant du mouton noir, s’il s’en trouve, qui voudrait expliquer que le plus grand ennemi du mouton, c’est justement le berger. « Qui donc a soin de vous ? Qui vous abrite du soleil et de la pluie ? Qui règle son pas sur le vôtre afin que vous puissiez brouter à votre gré ? Qui va chercher à grande fatigue la brebis perdue ? Qui la rapporte dans ses bras ? Pour un mouton mort de maladie, j’ai vu pleurer cet homme dur. Oui je l’ai vu pleurer. Le jour qu’un agneau fut mangé par le loup, ce fut une belle colère ; et le maître des bergers, providence supérieure et invisible, lui-même s’en mêla. Il fit serment que l’agneau serait vengé ; il y eut une guerre contre les loups, et cinq têtes de loup clouées aux portes de l’étable, pour un seul agneau. Pourquoi chercher d’autres preuves ? Nous sommes ses membres et sa chair. Il est notre force et notre bien. Sa pensée est notre pensée ; sa volonté est notre volonté. C’est pourquoi, mon fils agneau, tu te dois à toi-même de surmonter la difficulté d’obéir, ainsi que l’a dit un savant mouton. Réfléchis donc, et juge-toi. Par quelles belles raisons voudrais-tu désobéir ? Une touffe fleurie ? Ou bien le plaisir d’une gambade ? Autant dire que tu te laisserais gouverner par ta langue ou par tes jambes indociles. Mais non. Tu comprends bien que, dans un agneau bien gouverné, et qui a ambition d’être un vrai mouton, les jambes ne font rien contre le corps tout entier. Suis donc cette idée ; parmi les idées moutonnières, il n’y en a peut-être pas une qui marque mieux le génie propre au vrai mouton. Sois donc au troupeau comme ta jambe est à toi. »

L’agneau suivait donc ces idées sublimes, afin de se raffermir sur ses pattes ; car il était environné d’une odeur de sang, et il ne pouvait faire autrement qu’entendre des gémissements bientôt interrompus ; et il pressentait quelque chose d’horrible. Mais que craindre sous un bon maître, et quand on n’a rien fait que par ses ordres ? Que craindre lorsque l’on voit le berger avec son visage ordinaire et tranquille ainsi qu’au pâturage ? À quoi se fier, si l’on ne se fie à cette longue suite d’actions qui sont toutes des bienfaits ? Quand le bienfaiteur, quand le défenseur reste en paix, que pourrait-on craindre ? Et même si l’agneau se trouve couché sur une table sanglante, il cherche encore des yeux le bienfaiteur, et le voyant tout près de lui, attentif à lui, il trouve dans son cœur d’agneau tout le courage possible. Alors passe le couteau ; alors est effacée la solution, et en même temps le problème.

Alain 13 avril 1923

Extrait du livre « Propos sur les pouvoirs » d’Émile Chartier, dit Alain, philosophe, écrivain, journaliste

Photo X - Droits réservés

30/05/2013

Au bistro de la Toile : « Au loup ! »

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- Oh ! Victor, t’as pas peur de remonter dans tes hautes terres du Gévaudan ? …taing ! A en croire le journal, c’est l’horreur, le retour de la Bête du Gévaudan !

 

 

- Qu’est-ce que c’est que ces conneries Loulle ?

 

 

- Ben regarde, c’est dans Midi-Libre : « En Lozère, le loup attaque en plein jour ». C’est le titre. Et la bergère, elle dit : « Je surveillais les brebis, elles étaient dans un pré, elles mangeaient tranquillement, il n'y avait pas de bruit, rien. Tout à coup,  au fond du pré, les brebis se sont retournées et j'ai vu le loup derrière une brebis. » L'agricultrice a alors réagi spontanément: « J'ai crié, crié très fort, il a lâché la brebis, il est parti. Je n'ai pas eu peur, j'ai voulu protéger mon troupeau. »

 

- Bon. Ben, elle a fait son boulot de bergère, quoi ! Elle a gueulé et le cadèoù qui faisait chier ses moutons a dégagé… Pas de quoi chier un cadran solaire.

 

- Eh ! Y a la photo dans le journal. Et il a pas l’air commode le bestiau !

 

- Parce qu’en plus elle a fait une photo ?

 

- J’en sais rien, enfin, il y a une belle photo de loup en tête de l’article.

 

- Tu parles. Si tu veux faire des photos de loups, en Lozère, rien de plus facile : tu vas à Sainte-Lucie,  chez Ménataury, et tu en vois tant que tu veux ! On nage en plein fantasme avec ces histoires de loups, Loulle. Qu’il y en ait quelques uns qui se baladent, c’est probable. Qu’ils bouffent de temps en temps quelques brebis, c’est dans la tradition, mais qu’ils représentent un danger véritable pour les troupeaux et, pire, pour les humains, c’est au mieux une exagération, au pire une embrouille. D’abord parce que les éleveurs sont remboursés des dégâts avérés faits par les loups, ensuite parce qu’il n’y a pas plus trouillard que le loup, il se planque en journée et fuit la présence humaine.

 

- Alors quel est l’intérêt de ces gens à crier au loup ? Ils ont peur pour le petit Chaperon Rouge ?

 

- Des sous Loulle ! Ils veulent des sous ! Et le loup est une bonne gâche : on doit pouvoir tirer quelques subventions pour s’équiper en clôtures, payer des bergers et surtout faire passer sur le dos du bestiau légendaire tous les massacres causés par les chiens errants. Parce que l’essentiel, à 99%, des attaques contre les moutons sont faites par des chiens. Ceux-ci n’ont pas peur de l’homme, attaquent en plein jour, souvent en meutes et font des massacres ! Seulement ceux-là de dégâts, ils ne sont surement pas aussi bien remboursés !

 

- Ah ! Compris… Allez ! A la nôtre. « Tant que le loup n’est pas là ! »

 

Primidi 11 Prairial 221

 

Merci à Chimulus

 

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Ecoute ! Ecoute !

 

Le petit chaperon rouge va voir sa grand-mère quand, tout à coup, elle aperçoit le grand méchant loup tapi derrière un buisson.
- « 
Oh ! Comme vous avez de grands yeux », lui dit-elle. Et le loup s'enfuit sans demander son reste...


Un 
peu plus loin sur son chemin, le petit chaperon rouge voit le même loup caché derrière un arbre :
- « 
Oh ! Comme vous avez de grandes oreilles », lui dit-elle. Et le loup de s'enfuit à nouveau.

Un peu intriguée par ce comportement, le petit chaperon rouge poursuit néanmoins son chemin. Au bout de 2 km, la fillette revoit le loup, caché cette fois derrière une borne kilométrique.

- « Oh ! Comme vous avez de grandes dents », lui dit-elle.

Alors le loup se met à hurler :
- « Mais tu 
vas me laisser chier tranquille, oui ! »