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12/10/2016

Chuis un pauv' paysan !

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Je viens d’entendre dans la Machine à causer cette nouvelle honteuse : un paysan sur trois gagne moins de 350 euros par mois. Chiffres de la MSA (mutuelle sociale agricole), l’organisme qui gère les prestations sociales et les retraites de la profession. Cet organisme a ms en place une permanence de prévention du suicide chez les agriculteurs. Au 1er semestre, cette permanence - Agri’écoutes - a reçu 1 700 appels, soit une moyenne de 285 appels par mois contre une centaine par mois sur la même période, un an plus tôt… Pas de compassion chez les bobos pour le plouc, on la garde pour les « migrants » ou les bombardés d’Alep. Pourquoi pas… Moi, je préfère m’intéresser au sort de mon pote Denis. Il est mort. La fourche à la main, sur son tas de fumier…

Tè, je vais vous le raconter feue mon pote Denis. Et oui, il est mort. Arrêt cardiaque ? AVC foudroyant ? Ou autre chose ? Comme son père… On reste discret, on a sa pudeur au village. Et il est devenu triste le village. Plus de merdes de vaches sur la route, de ces belles casquettes s’étalant comme des plats d’épinards odorants… Et pour cause : les vaches ne traversent plus la rue principale pour gagner leur étable…

On n’entend plus les cris puissants, impératifs de l’un des derniers « cow-boy » du pays. Fatal, puisqu’il est mort. Mort et enterré. À soixante ans… À la veille de « prendre sa retraite ».

Comme tout le monde, Denis voulait pouvoir vivre de son travail. Avec ses trente montbéliardes, il se levait à cinq heures du mat et à dix heures du soir, il levait encore la merde de ses vaches. À la pelle, à l’ancienne. Et ça sept jours sur sept, 365 jours par an !

Denis me disait que l’essentiel du prix qu’on lui donnait pour le lait de ses vaches partait en remboursement et en paiement d’engrais et de "traitements" pour ses prairies. Il m’avouait qu’il ne lui restait qu’autour de 500 euros par mois pour faire vivre sa famille. Et encore Denis travaillait sur une propriété familiale, donc sans foncier à rembourser, seul avec sa femme et sa fille qui allait « aux écoles ». Les vacances ? Jamais… Les sorties ? Jamais… Le restau ? Jamais… Les fringues ? Une salopette et des bottes, plus un costume du dimanche – celui de son mariage sûrement ! – qu’il mettait pour les enterrements ou pour aller « au docteur ». Celui qu’on a mis à sa dépouille pour son dernier voyage…

Moins de 500 euros par mois. Et c’était il y a trois ans. Maintenant on en est à 350 euros par mois. Les paysans, maintenant ils le sont réellement pauvres. Qui les a menés là ?

Les agricolos, poussés par leurs organismes professionnels – chambres d’agricultures, FNSEA, Crédit agricole – ont perdu leur âme. Ils ont saccagé leurs champs avec le cercle vicelard engrais pesticides. Ils ont fragilisé leurs bêtes avec le cercle vicelard insémination, vaccins, antibios et autres saloperies. Tout le pognon qu’ils gagnent – plus celui qu’ils touchent en subventions multiples ! – va dans la poche des multinationales agrochimiques et des labos. Loin de s’entraider, ils se jalousent, à savoir qui aura le plus gros tracteur. Au lieu de s’organiser en GAEC et de mettre en commun des moyens de production chers et ne servant que peu souvent, ils s’encroument à mort, pour le plus grand profit du Crédit agricole…

Pour s’en sortir, il faudrait qu’ils organisent eux-mêmes leur filière. Qu’ils mettent en place leurs propres centrales de vente de lait, leurs propres unités de transformation au lieu de laisser ça aux industriels qui les plument sans vergogne. Pour cela, il faudrait d’abord qu’ils foutent en l’air, ou qu’ils transforment radicalement de l’intérieur leur syndicat majoritaire, cette FNSEA qui a toujours été à la solde de l’industrie agroalimentaire et qui défend avant tout les gros céréaliers et betteraviers… et qui les pousse à voter pour la droite la plus archaïque, la plus cupide, la plus avide. Les dernières manifestations ont donné la mesure du désarroi d’une profession qui ne mérite plus le beau nom de paysan.

Les gouvernements qui se succèdent s’efforcent d’adoucir cet assassinat social. Hypocrisie. On donne quelques poignées de figues aux ploucs, mais on subventionne les gros céréaliers et on favorise sournoisement les fermes à « mille vaches ». Et le nombre d’agriculteurs aux abois grimpe plus vite que le prix du lait ou de la viande ! Selon la MSA, le nombre d’accès au service de prévention du suicide des agriculteurs a triplé en un an.

Il est difficile d’avouer qu’on est en échec Déprimant de se demander à quoi l’on sert dans une société qui ne veut plus de vous. Mais on a sa fierté, sa dignité. Alors on va chercher la corde, au fond de l’étable…

Les agriculteurs de France sont dans une situation catastrophique. Leur nombre ne cesse de diminuer car ils n’arrivent pas à faire face à leurs dettes et que les lobbys agroalimentaires leur payent leur production une bouchée de pain,

Un tiers des agriculteurs à leur compte gagne moins de 354 euros par mois. À titre de comparaison, c’est 200 euros de moins que ce que touche une personne seule et sans ressource au titre du RSA (qui a été revalorisé au 1er septembre 2016 à 535,17 euros par mois).

« Ouais mais vous avez le lait, vous avez les volailles, vous avez la viande quand vous tuez un veau ou un cochon, vous avez les légumes. - Oui mais, et le sel ? » disait Fernand Reynaud dans « Ch’huis un pov’paysan ».

C’était il y a cinquante ans. Maintenant les paysans le sont vraiment, pauvres…

 

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04/09/2015

Agriculteurs : les floués de la terre.

 

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Ils ont occupé Paris. Ils ont été applaudis par les Parisiens. Parce que dans chaque Français sommeille – à une ou deux générations près – un paysan. Leur lideur - Xavier Belin le « paysan » oligarque en Prada – à harangué ses troupes (sa chair à canon plutôt) non sans essuyer quelques sifflets. Puis ils sont rentrés dans leurs exploitations, aider les femmes à s'occuper des bêtes...

 

Mais qui sont-ils maintenant ces paysans ? « Paysans » ? Méritent-ils encore ce beau vocable ? Certainement pas. Ils sont devenus des « exploitants agricoles » qui ont perdu leur culture. Les jeunes générations sont obnubilées, sous la poussée de leurs instances professionnelles (FNSEA, chambres d'agriculture, crédit agricole), par le culte du rendement à tout prix, du progrès technique, du machinisme démesuré. Ils ont l'obsession de cette nature dans ils vivent, où ils vivent, mais qu'ils saccagent à coups d'engrais chimiques et de pesticides tant elle leur est devenu étrangère.

 

Ils ont perdu leur fameux « bon sens paysan » mais pas que...

 

Ils ont perdu leurs savoirs ancestraux, leurs techniques, leur connaissance de leur terroir, du temps mais aussi et surtout de leurs semences puisqu'ils sonbt les clients forcés, obligés des grandes sociétés semencières (Monsanto entre autres) et des fabriquants d'aliments pour animaux auprès desquels ils sont lourdement endettés.

 

Ils ont perdu leurs représentations professionnelles et notamment les coopératives – ces superbes organisations, au départ ! - qui sont devenus des monstres d'aliénation au service de l'agriculture industrielle ultra productiviste. Le premier groupe coopératif français « Invivo » a un chiffre d'affaire de 5,7 milliards, emploie 8.000 personnes dans 28 pays. On fera croire à qui qu'une telle structure – profitant des avantages fiscaux, entre autres, de la coopération – s'occupe encore des intérêts des paysans ?

 

Ils ont perdu la maîtrise de leur destin, de leur avenir et sont devenus l'un des bataillons des exploités de l'économie financière globalisée, nourrissant de leur sueur avant tout les banques (Crédit agricole !) auprès desquelles ils sont endettés jusqu'au cou.

 

Ils ont perdu leurs instances représentatives, leur principal syndicat – la FNSEA – se servant d'eux comme chair à canon et jouant un jeu plus qu'ambigu : la FNSEA sert l'agro-industrie productiviste tout en faisant semblant de défendre les « petits paysans ».

 

Parlons-en de la FNSEA. C'est le loup chargé de garder les brebis ! Son grand patron, le ci-devant Belin Xavier est un homme d'affaires aux multiples casquettes. Il est président du syndicat majoritaire mais aussi : PDG de la société Avril-Sofiprotéol, multinationale aux multiples activités, vice-président du Copa-Cogeca, structure qui rassemble des syndicats et organisations agricoles au niveau européen, particulièrement favorable à la signature du  traité TAFTA, président du port de commerce de La Rochelle, deuxième port français pour l’exportation de céréales, propriétaire dans le Loiret d'une exploitation de 500 hectares de blé, orge, colza, tournesol, maïs et pois protéagineux, etc. Quel homme pour s'occuper de tant de choses !

 

Quant à Sofiprotéol, rebaptisé Avril – ça fait plus printanier ! - c'est un mastodonte de 7 milliards de chiffre d'affaire, qui regroupe plus de 150 sociétés, présent dans 22 pays, notamment au Maghreb. L'objectif de cette pieuvre : assurer un maximum de débouchés à la filière des huiles et des protéines végétales (tournesol, colza, etc.)

 

Sofiprotéol-Avril, ce sont les huiles Lesieur et Puget, les œufs Mâtines, c'est des porcs, de la volaille, du bétail avec Glon Sanders, n°1 de l'alimentation animale. On la retrouve aussi dans la santé et la génétique animale, dans l'oléochimie (cosmétiques, peintures, mousse polyuréthane), dans les carburants (Diester industrie, n°1 européen du bio-diesel). On la rencontre encore dans le financement de l'agriculture industrielle, dans l'huile de palme, dans les semences, dans les additifs alimentaires, dans... les OGM (par Biogemma), et même dans la presse agricole !

 

Et c'est le patron de cette énorme multinationale qui prétend défendre la petite paysannerie française ? Alors que son propre intérêt est de faire grandir toujours plus les troupeaux de telle sorte qu'il soit difficile de nourrir toutes ces vaches à l'herbe, dans des prairies ! Il pourra ainsi leur vendre ses tourteaux de soja, ses aliments tout faits, ses additifs alimentaires, voire ses médicaments... Il n'y a pas là un conflit d'intérêt ? MDR !

 

Les paysans français sont cornaqués par un syndicat qui se fout de leur gueule. Sous les coups de boutoirs complices de l'Union Européenne, du ministère de l'agriculture et le bras armé de la FNSEA, la fin des paysans est programmé depuis 50 ans. Les paysans disparaissent, laissant la place à des entrepreneurs « indépendants » mais sous contrat, simples ouvriers spécialisés prenant les responsabilités et laissant les bénéfices aux grosses structures qui les exploitent.

 

La FNSEA les a conduit vers une production intensive de produits de bas de gamme. Où ils se heurtent aux productions allemandes et espagnoles moins chères du fait d'entreprises toujours plus grosses, toujours plus industrielles. Sur ce terrain ils sont battus. Alors qu'ils auraient dû surfer sur l'image extrêmement positive de la France en matière d'excellence, voire de luxe. Et se diriger vers des productions de qualité, de haut de gamme, à des prix rémunérateurs. Ce que réussissent des entreprises restant à l'échelle humaine et ayant choisi cette voie.

 

On n'a que les syndicats que l'on mérite...

 

 

Sources : http://www.liberation.fr/economie/2015/09/03/xavier-beuli...

http://blogs.mediapart.fr/edition/vert-tige/article/250715/les-soldats-perdus-de-l-agriculture-industrielle

 


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14/06/2013

Putaing, que le village est triste...

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Ça y est : je suis monté vers les Hautes terres pour fuir les canicules promises de la Provence. Mais cette année, le village des hautes terres est triste... Temps gris, brouillard, pluie mais, sous les rares rayons de soleil, les étendues laiteuses des narcisses dans les champs rivalisent de senteurs capiteuses avec l'or des genêts. J'ai dégusté ma première omelette aux champignons : mousserons vrais (tricholoma san-georgii) mêlés aux faux mousserons (marasmus oreades)...



Pourtant le village est triste. Le village est vide. Plus de merdes de vaches sur la route, de ces belles casquettes s'étalant comme des plats d'épinards odorants...

Et pour cause : les vaches ne traversent plus la rue principale pour gagner leur étable...

On n'entend plus les cris puissants, impératifs de l'un des derniers « cow-boy » du pays...

Et pour cause : il est mort. Mort et enterré...

Voilà. Le village est triste parce que mon pote Denis est mort. Il est mort à soixante ans. Terrassé la fourche à la main près de ses boules de foins... Enfin, celles qu'on ne lui avait pas « empruntées »...

Comme tout le monde, Denis voulait pouvoir vivre de son travail. Mon pote Denis, avec ses trente montbéliardes, il se levait à cinq heures du mat et à dix heures du soir, il levait encore la merde de ses vaches. A la pelle, à l'ancienne. Et ça sept jours sur sept, 365 jours par an ! Et vous savez ce qu’il gagnait mon pote Denis ? Il me l’a dit l’an dernier : « Je touche 1500 euros par mois de la vente de mon lait. Là-dessus, je dois rembourser 1000 euros pour l’engrais. Il me reste 500 euros pour faire vivre ma famille. » Et encore Denis travaillait sur une propriété familiale, donc sans foncier à rembourser, seul avec sa femme. Les vacances ? Jamais… Les sorties ? Jamais… Le restau ? Jamais… Les fringues ? Une salopette et des bottes, plus un costume du dimanche – celui de son mariage sûrement ! – qu’il mettait pour les enterrements ou pour aller « au docteur ». Celui qu'on a mis à sa dépouille pour son dernier voyage...



Denis me disait qu’il devait rembourser 1000 euros par mois d’engrais et de « produits » comme il disait ! Vrai ? Faux ? Exagéré ? Peut-être... Mais c’est un truc de fou ! Les agricolos, poussés par leurs organismes professionnels – chambres d’agricultures, FNSEA, Crédit agricole – ont perdu leur âme. Ils ont saccagé leurs champs avec le cercle vicelard engrais-pesticide. Ils ont fragilisé leurs bêtes avec le cercle vicelard insémination, vaccins, antibios et autres saloperies. Tout le pognon qu’ils gagnent – plus celui qu’ils touchent en subventions multiples ! – va dans la poche des multinationales agro-chimiques et des labos. Loin de s'entraider, ils se jalousent, à savoir qui aura le plus gros tracteur. Au lieu de s'organiser en Gaec et de mettre en commun des moyens de production chers et ne servant que peu souvent, ils s'encroument à mort, pour le plus grand profit du Crédit agricole...



Pour s’en sortir, il faudrait qu’ils organisent eux-mêmes leur filière. Qu’ils mettent en place leurs propres centrales de vente de lait, leurs propres unités de transformation au lieu de laisser ça aux industriels qui les plument sans vergogne. Pour cela, il faudrait d’abord qu’ils foutent en l’air, ou qu’ils transforment radicalement de l’intérieur leur syndicat majoritaire, cette FNSEA qui a toujours  été à la solde de l’industrie agroalimentaire et qui défend avant tout les gros céréaliers et betteraviers…et qui les poussent à voter pour la droite la plus archaïque, la plus cupide, la plus avide.



Denis, tu nous a fait un sale coup... On ne te verra plus passer, fier comme « un bar tabac » sur ton vieux tracteur bleu... On n'entendra plus ta formidable voix de bramaïre gueuler après tes vaches... Et ta femme ? Que va-t-elle devenir ? Tu devais toucher ta première mensualité de retraite de paysan : 426 euros 34...



Putaing, tu nous manques...



Sextidi 16 Prairial 221



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30/03/2012

Les candidats glaneurs de voix chez les exploit(eurs)ants agricoles

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Non mais vous les avez vus faire la roue comme des dindons devant le congrès des agriculteurs productivistes de la FNSEA à Montpellier ! Ils y étaient tous les candidats, sauf Mélenchon, Poutou et Artaud. Il y en a tout de même trois à ne se pas se laisser enfumer par ce tigre de papier qu’est le syndicat majoritaire du monde agricole. Un monde qui vote, ne l’oublions pas, à 44% pour l’UMP et à 21% pour le FN. Un syndicat dont les adhérents vivent en grande partie de la chasse aux subventions.

 

Le président de FNSEA, Xavier Beulin, grand lobbyiste pro-OGM est le patron de Sofiprotéol, leader français dans les huiles de colza, de tournesol ou de soja. Mais Sofiprotéol est aussi un fonds d’investissement aux multiples filiales ; Sofiprotéol préfigure une agriculture au service quasi exclusif de l’industrie pétrolière et chimique.  Comment dès lors s’étonner que l’agriculture française soit la plus utilisatrice de pesticides, engrais chimiques et autres produits mortifères et « ide »?

 

Nous aurions aimé que les candidats interrogent les FNSEA-boys sur le nombre de cancers dû à ces pratiques parmi les agriculteurs ; ou sur le coût que la pollution par les nitrates génèrent ; ou sur la destination des énormes subventions européennes ; ou sur les conditions de travail et les rémunérations des ouvriers agricoles; ou même simplement sur le statut des agriculteurs et de leurs femmes ?

 

Eh ! Hollande, qu’est-ce que tu es allé foutre dans cette galère ? Tu crois gratter quelques voix chez les empoisonneurs ? Ils sont indécrottables et seront toujours à lécher l’oignon de la droite. Labourages et pâturages… Laissent ça à Bayrou, le « pays » du roi Henry IV ! Va plutôt à la Confédération paysanne, c’est là qu’est l’avenir de ceux qui méritent encore le beau nom de paysans…

 

 

Primidi 11 germinal 220

 

 

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27/02/2012

Le bilan agricole du « candidat du peuple » Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa.

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Regardez-les défiler au salon de l’agriculture. Ils vont tous toucher le cul des vaches. Ils s’intéressent plus aux voix des agriculteurs qu’à leurs problèmes mais l’apparence y est. Bof… Un salon de la bouse sans Chichi, c’est un peu raté non ?

Les deux mamelles de la France, labourage et pâturage, sont bien flétries… Jugez-en.

La France n'est plus la première puissance agricole en Europe



Ce résultat est le prix d'un attachement aveugle de la droite au marché-roi et de son incapacité à traiter les faiblesses d'un modèle productiviste intensif qui fait de la France le plus gros consommateur de pesticides d'Europe. Cette politique a accentué un mouvement de concentration des exploitations au mépris de l'aménagement du territoire et renforcé la prédominance des intérêts de l'agroalimentaire sur ceux des agriculteurs. Résultat : à force de refuser l'évolution de son modèle, la France a perdu son leadership européen.

Les crises agricoles se sont succédé. Effondrement des prix du lait l'été 2008, faillites records d'exploitations en 2009, sécheresse au printemps 2011… Chaque fois, le gouvernement a paré à l'urgence sans  agir sur le fond. Le revenu des agriculteurs continue inexorablement de baisser (-11% depuis le début du quinquennat) entraînant leur surendettement et la diminution du nombre d'exploitations agricoles.

La transition vers une agriculture durable est au point mort, alors même que le Grenelle de l'environnement a pour objectif que la surface agricole utile en agriculture biologique soit de 6 % en 2012 et de 20 % en 2020. La réforme de la PAC d'après 2013 doit être l'occasion d'un développement plus durable, prenant en compte des objectifs d'emplois, de sécurité alimentaire, d'environnement, de territoire. 

 Les principales mesures

- La loi libéralisant les OGM  (mai 2008) a été adoptée aux forceps après avoir été rejetée une première fois par l'Assemblée.  Les mises en culture autorisées ne présentent pas d'avantages décisifs sur le plan économique et posent de graves questions sur le plan de la santé et de l'environnement. 

- Le bilan de santé de la PAC (novembre 2008) ouvre la voie d'une agriculture soumise au marché. Les mesures emblématiques sont la fin des quotas laitiers pour 2015 et la libéralisation du marché viticole en 2018. Effet redouté : forte augmentation de la production européenne dans les régions compétitives, suivie d'une baisse des prix et d'une concentration des productions dans les régions les plus dynamiques.

- Plan d'aide à la filière agricole (novembre 2009) : prêts de reconstitution de fonds de roulement, prêts bonifiés de consolidation, allègements de charges financières et sociales, nomination d'un médiateur. Ce plan traite les symptômes, mais pas les causes de la crise.

- La loi de modernisation agricole (juillet 2010) fait d'une bonne idée - la contractualisation entre les agriculteurs et les professionnels de l'agro-alimentaire - un piège. Le choix du contrat, individuel plutôt que par filière, renforce la tutelle de l'agroalimentaire  qui peut choisir de ne pas travailler avec telle ou telle exploitation jugée moins rentable que les autres. Le texte acte aussi le désengagement de l'Etat en matière de solidarité agricole. Chaque agriculteur doit désormais souscrire une assurance-risque pour être couvert.

Les chiffres-clés

* 20.000 exploitations ferment chaque année en France.

* Le revenu des agriculteurs a baissé en moyenne de 11 % pendant le quinquennat avec une année noire en 2009 (-34%).

Il a osé le dire : « L'environnement ça commence à bien faire ».N. Sarkozy au Salon de l'agriculture, 06/03/10.

 Et les exploitants agricoles - pressurés par le Crédit agricole, conditionnés au productivisme par leur syndicat majoritaire – ont-ils encore droit au noble nom de « paysan » ? Certainement pas. Ils triment, mal ! Ils s’organisent, mal ! Ils gagnent leur vie, mal pour la plupart, très bien pour quelques très gros ! Et en plus, ils auraient parait-il l’intention de voter en majorité pour…Sarko et Le Pen…

Cocus, battus et contents !

Nonidi 9 ventôse 220

 

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14/11/2011

Au bistro de la toile : le racket légal des semenciers.

 

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- La C.V.O., vous savez ce que c’est ? La « Contribution Volontaire Obligatoire »…

 

- Eh ! Oh ! Victor, tu nous prends pour des cons ou quoi ? C’est ce qu’on appelle un oxymore : deux termes assemblés dont l’un dit le contraire de l’autre. Par exemple « l’assourdissant silence », « l’obscure clarté », ou encore « un banquier honnête », etc.

 

 -Voilà. Ça rappelle le tristement célèbre « ARBEIT MACHT FREI »…  Pourtant, cette énormité existe : depuis 2001, l'industrie semencière française prélève une Contribution Volontaire Obligatoire (CVO) auprès des paysans qui réutilisent leur propre récolte de blé tendre comme semences ! Incroyable mais vrai…

 

- C’est ni plus ni moins qu’un racket légal !

 

- Exact. Alors que la spéculation sur les prix des céréales déclenche une nouvelle crise alimentaire mondiale, l'Union Française des Semenciers (UFS) – puissant lobby de manipulateurs du ministère de l’agriculture - réclame une augmentation de cette taxe sur les semences de ferme et sa généralisation à toutes les espèces cultivées. Le 9 novembre, la Commission Économie de l'Assemblée nationale a examiné une proposition de loi sur les Certificats d'Obtention Végétale qui devrait être soumise au vote des députés courant novembre. Cet examen a été repoussé au 15, c’est-à-dire demain. Cette loi, si elle est adoptée en l'état, interdira aux paysans de réutiliser leurs propres semences à moins de payer des royalties à l'industrie semencière ! Adopté en juillet par l'ancienne majorité sénatoriale, ce texte est soutenu par un gouvernement qui défend les intérêts privés des financiers et des actionnaires des industriels semenciers au détriment de la liberté de cultiver des produits sains et soigneusement sélectionnés naturellement par des générations de paysans.

 

- Et ils ne bougent pas les paysans ? Qu’est-ce qu’ils attendent pour balancer leurs tombereaux de fumier devant les préfectures ?

 

- La Confédération Paysanne et la Coordination Rurale restent farouchement hostiles au texte. « Il est inacceptable que la loi, censée défendre l'intérêt général, renforce les droits privés de l'industrie semencière au détriment des droits collectifs des paysans. La proposition de loi favorise la confiscation du vivant par cette industrie et la régression de la biodiversité », s’insurge la CP.

« Imposer aux agriculteurs de verser des "royalties" sur leurs récoltes issues de semences fermières, c’est les déposséder de leur droit ancestral et les rendre dépendants des semenciers », note la CR qui ajoute que « ces derniers en ressortiraient renforcés et en quasi possession de l'arme alimentaire ! ».

Par contre la FNSEA ne dit mot et donc consent à ce racket légal. Comme d’habitude…

Le texte présenté à la Commission économique de l’Assemblée nationale précise hypocritement que « les agriculteurs ont le droit d’utiliser sur leur propre exploitation, sans l’autorisation de l’obtenteur, à des fins de reproduction ou de multiplication, le produit de la récolte qu’ils ont obtenu par la mise en culture d’une variété protégée ». Mais « l’agriculteur doit une indemnité aux titulaires des certificats d’obtention végétale dont il utilise les variétés ».

 

- Putaing ! Il est de plus en plus urgent de se débarrasser de cette mafia de sarko-trafiquants.  

 

Sources : http://www.terre-net.fr/actualite-agricole/politique-syndicalisme/article/le-projet-de-loi-sur-les-certificats-d-obtention-vegetale-porte-a-l-assemblee-nationale-205-75707.html

 

Quartidi 24 Brumaire 220

 

Merci à Chimulus

 

 

 

 

05/08/2010

Au bistro de la Toile : Du lait ? C’est quoi le lait ?

- Oh ! Loulle, t’aurais pas du lait des fois à nous faire boire. C’est pas qu’on aime ça, mais c’est pour soutenir les producteurs…

 

- Du lait dans mon rade…N’importe quoi Victor… Qu’est-ce qu’il leur arrive encore aux agricolos ? Qu’est-ce qu’ils veulent ? Des sous je suppose ?

 

- Ben, comme tout le monde. Ils voudraient bien pouvoir vivre de leur travail. Mon pote Denis, avec ses trente montbéliardes, il se lève à six heures du mat et à neuf heures du soir, il lève encore la merde de ses vaches. Et ça sept jours sur sept, 365 jours par an ! Et tu sais ce qu’il gagne ? Il me l’a dit l’autre jour : « Je touche 1500 euros par mois de la vente de mon lait. Là-dessus, je dois rembourser 1000 euros pour l’engrais. Il me reste 500 euros pour faire vivre ma famille. » Et encore Denis travaille sur une propriété familiale, donc sans foncier à rembourser, seul avec sa femme. Les vacances ? Jamais… Les sorties ? Jamais… Le restau ? Jamais… Les fringues ? Une salopette et des bottes, plus un costume du dimanche – celui de son mariage sûrement ! – qu’il met pour les enterrements ou pour aller « au docteur ».

 

- Je suppose que ton pote n’est pas heureux de son sort… Je suppose aussi que, comme la très grande majorité de ses collègues, il a voté Sarko… Et qu’il continuera à voter Sarko. Tu viens de me dire qu’il doit rembourser 1000 euros par mois d’engrais ! Mais c’est un truc de fou ! Les agricolos, poussés par leurs organismes professionnels – chambres d’agricultures, FNSEA, Crédit agricole – ont perdu leur âme. Ils ont saccagé leurs champs avec le cercle vicelard engrais-pesticide. Ils ont fragilisé leurs bêtes avec le cercle vicelard insémination, vaccins, antibio et autres saloperies. Tout le pognon qu’ils gagnent – plus celui qu’ils touchent en subventions multiples ! – va dans la poche des multinationales agro-chimiques et des labos. Après, ils pleurent… Leur cinéma de dénoncer le fait qu’ils sont pris à la gorge par les industriels et la grande distribution, avec « stickage » des produits pas « équitables » ne mènera à pas grand-chose : les transformateurs s’en foutent, ils peuvent s’approvisionner ailleurs en Europe, en Allemagne, Hollande ou Danemark où sévissent les usines à lait. Quant aux grandes surfaces, les produits laitiers ne sont pas grand-chose dans leur chiffre d’affaire.

 

- Pour s’en sortir, il faudrait qu’ils organisent eux-mêmes leur filière. Qu’ils mettent en place leurs propres centrales de vente de lait, leurs propres unités de transformation au lieu de laisser ça aux industriels qui les plument sans vergogne. Pour cela, il faudrait d’abord qu’ils foutent en l’air, ou qu’ils transforment radicalement de l’intérieur leur syndicat majoritaire, cette FNSEA qui a toujours  été à la solde de l’industrie agroalimentaire et qui défend avant tout les gros céréaliers et betteraviers.

 

- …et qui les poussent à voter pour la droite la plus archaïque, la plus cupide, la plus avide. Celle qui a trouvé son point d’orgue avec Sarko et les sarko-trafiquants de la bande du Fouquet’s…

 

- Allez Loulle ! Sert nous une tournée. Mais du rouge ! Pas du lait.

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Si vous trouvez quelque intérêt à mes élucubrations:

VOTEZ !


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Appel du 14 juillet pour

UNE JUSTICE INDEPENDANTE

08/03/2010

Au Bistro de la Toile : les paradoxes des paysans de France.

 

 

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- Microlax 1er, pour ne pas recevoir de tomates, est allé voir les paysans à l’aube, dès l’ouverture, avant l’arrivée des visiteurs. Les seuls qui étaient admis étaient comme d’hab’ dument choisis et encartés à l’UMP tandis que de pleins cars de bourres « sécurisaient » les abords. Pinocchio a raconté ses conneries devant un aréopage choisi d’adhérants FNSEA et de quelques journalistes « embedés »… Alors que la veille, le Chichi avait fait un vrai tabac !

- Ça, c’est un fait. Le Chichi bénéficie toujours d’une extraordinaire popularité… pourtant – objectivement - difficilement compréhensible. Avec sa manière finaude de les caresser dans le sens du poil de vache, le Chichi les a largement fait cocus ! L'ère Chirac a été une calamité pour l'agriculture qui ne fut que le débouché captif des Rhône-Poulenc, Bayer, Monsanto et autres chimistes. Pendant des années de pseudos techniciens et « conseillers » agricoles formatés ont battu la campagne pour vendre à des paysans des rendements mirifiques, confondant métiers de la terre et financiarisation. Ils les ont encroumés pour des décennies pour le plus grand profit du Crédit Agricole, maquereau de la profession. Depuis l’ère Chirac la FNSEA, syndicat ultra productiviste dans la main des industriels de l’agriculture, les vaches ne sont plus que des billets de banque, l'agriculture est devenue un business industriel. Toujours plus de machines, toujours plus d’engrais et de pesticides, toujours plus de gaspillage d’eau gratuite, toujours plus de pollution que les agricolos se refusent à assumer... Sous l’ère Chirac, des centaines de milliers d’emplois ont été détruits… L’ère Chirac a produit une recherche agronomique, des écoles d'ingénieurs, un enseignement agricole complètement formatés par le credo du marché et la religion scientiste du progrès par la technologie sans gardes fous, et non par une recherche de connaissance objective. Et pourtant les paysans regardent le Chichi comme leur dieu ! Ce sont ces bataillons de paysans qui ont toujours fait passer la droite. Ils ont toujours donné à la droite le bâton pour se faire battre !

- Il faut dire aussi que la gauche, lorsqu’elle a été au pouvoir, n’a pas fait mieux. Les paysans restent foncièrement conservateurs, pour ne pas dire réacs. L’esprit d’entraide qui les animait n’a pas résisté à la course à la puissance. Les gros ont bouffés les petits. Et ceux-là ont perdus leur âme et leur bon sens terrien. Il leur faut toujours plus de machinisme, toujours plus d’engrais, toujours plus de pesticides…et toujours plus de subventions ! Devenus industriels et hommes d’affaire, ils se sont éloignés de la terre… On comprend qu’ils voient arriver avec angoisse l’échéance de 2012 où la Politique Agricole Commune (55 milliards d’euros par an, dont la plus grosse partie pour la France !) va être chamboulée. Leur culte du Chichi tient aussi au fait que c’est lui qui a réussi à repousser cette échéance de plusieurs années…

- Plus dure sera la chute… Mais on ne peut pas les abandonner. Ils font partie de l’identité profonde de la France. Une France sans paysans n’est tout simplement pas envisageable. Pour cela, c’est à eux de mettre en place des filières rémunératrices pour eux et acceptables pour les consommateurs. Cela passe par un abandon progressif de l’agriculture productiviste, un retour vers une agriculture responsable en matière de traitements et de respect de l’environnement, un retour vers les ceintures vertes alimentant les villes, une taxation carbone élevée, au kilomètre pour les produits importés et surtout la mise en place, par les paysans eux-mêmes de filières de distribution concurrentielles réduisant la puissance de la grande distribution.

- On est d’accord pour une fois. Allez, trinquons pour que nos paysans retrouvent leurs valeurs. J’ai là un Lirac rouge de chez Assémat dont tu me dira des nouvelles !

 

 

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Si vous trouvez quelque intérêt à mes élucubrations:

 

03/03/2010

Derrière les flonflons du salon : ces paysans qu'on assassine !

Pendant que les politicards de tous bords se pressent pour tâter le cul des vaches à la plus grand foire du monde – le salon de l’agriculture – celle-ci meurt.

Assassinée sous l’œil indifférent voire cynique des millions de Français qui en sont issus et qu’elle a nourri.

Assassinée avec la complicité perfide des pouvoirs publics.

Assassinée par les « conseils » des chambres d’agriculture aux ordres d’une FNSEA inféodée aux lobbies agroindustriels et phytosanitaires.

Assassinée par des subventions qui ont fait des paysans des assistés tributaires de ce robinet à pognon qu’il suffit de fermer pour les faire disparaitre.

Assassinée par l’image déplorable de pollueurs et d’empoisonneurs que leur a donnée la course au productivisme « à l’américaine » prônée par les « conseillers agricoles », les écoles d’agriculture et le syndicat majoritaire.

Une France sans paysans ? C’est ce qui se dessine. Sans paysans, mais pas sans exploitations agricoles. Le plan de l’Etat et de la FNSEA est de faire disparaître les petites exploitations familiales au profit de grosses entités de production à l’américaine ou à la hollandaise.

Des usines à lait avec les seules Prim Holstein pissant leur cinquante litres de liquide blanchâtre chaque jour.

Des usines à barbaque avec les seules limousines et charolaises ayant perdues depuis longtemps les vertus de leurs races.

Des kilomètres-carrés de blé bourré d’engrais, fongicide et autres herbicides. Des kilomètres-carrés de betteraves destinées…aux bagnoles. Des kilomètres-carrés de maïs imbouffable bientôt OGM. Des kilomètres-carrés de pommes golden n’ayant plus que le goût des pesticides et autres fongicides. Des kilomètres-carrés de serres où prolifèrent fruits et légumes hors  sol. Etc.

Le tout avec pour finalité non pas de procurer le gagne-pain décent de milliers de paysans, non pas de participer à l’harmonie de ces paysages français qui font de notre pays la première destination touristique du monde, non pas simplement la bonne et saine nourriture de la population, mais de garantir un maximum de profits selon une logique bancaire aux maquereaux de l’agroalimentaire et de la grande distribution.

Et les paysans crèvent. Les paysans se pendent ou se foutent en l’air en avalant les poisons qu’on leur impose de mettre sur leurs cultures. L’histoire de Pierre Priollet, dont je vous ai parlé il y a quelques jours, est édifiante d’une agriculture en phase terminale. Le revenu paysan a trinqué. Globalement, les payes ont régressé de 32 % en 2009, après avoir déjà chuté de 20 % en 2008. Quelle branche, quelle profession peut survivre à de pareilles coupes sombres ?

Mais que les paysans se prennent en mains, créent des structures de distribution qu’ils dominent (voir les idées de Priollet à ce sujet :) , qu’ils désertent en masse cette FNSEA qui les utilise comme de la chair à canon pour la défense des gros céréaliers, betteraviers et éleveurs industriels, qu’ils foutent en l’air ces chambres d’agriculture dont les « conseillers » les fourvoient dans des voies sans issue. Et s’il faut sortir les fourches ? Pourquoi pas…

Paysans, revenez à votre vrai et beau métier et vendez au plus près : paysans et acheteurs y trouveront leur compte et la nature aussi !

 

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