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22/01/2016

Au bistrot de la toile : la « victoire » des toubibs

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- ...teng ! T'as vu ça Victor : ils ont gagné les toubibs. Le Conseil Constitutionnel a retoqué l'une des mesures phares de la loi Santé de Marisol Touraine : le paiement direct de la facture du toubib par la Sécu et les mutuelles.

 

- On touche là du doigt la puissance occulte de cette corporation qui est très présente tant à l'Assemblée nationale qu'au Sénat et dans toutes les instances décisionnelles, mairies, conseils généraux, conseils régionaux. Sans oublier les centres d'influence occultes, loges, clubs, rotary, etc. Ils ont donc des relais d'influence fort utiles...jusqu'au Conseil Constitutionnel !

 

- Pourtant ce système du tiers payant est une bonne chose que je sache. Et ce n'est sûrement pas très difficile à mettre en œuvre. Ce que font les pharmaciens, les toubibs ne seraient pas capables de le faire ?

 

- Ils pourraient évidemment le faire sans beaucoup de problèmes. Mais leur revendication à ce sujet est pourtant recevable : ils ont affaire avec plus de 500 mutuelles ! Enfin, quand je dis mutuelles, c'est une façon de parler, parce qu'il y a longtemps que les « mutuelles » ont oublié la dimension sociale et solidaire de leur fonction pour devenir des machines à fric. En fait ce qu'elles veulent, c'est bouffer la Sécu. Et c'est en bonne voie, notamment avec cette fausse loi sociale qui, depuis le 1er janvier, impose à toutes les entreprises de « payer » une mutuelle à leurs salariés.

 

- À bon. Et pourquoi ?

 

- Des millions de salariés vont ainsi être obligés de souscrire des contrats collectifs d'entreprise gérés, évidemment, par les assurances privées. Le Conseil constitutionnel – encore lui - a en effet imposé qu’en absence d’accord d’entreprise ou de branche, la complémentaire santé soit choisie par l’employeur. Des grands groupes vont donc balayer les petites mutuelles pour se partager la gamelle ! Cette pseudo avancée sociale va accroître les inégalités entre salariés puisque la couverture différera d'une entreprise à l'autre. Il va de soi que les employeurs opteront pour une couverture limitée à un panier de soins minimum ; dès lors, les salariés qui voudront plus de couverture...devront se payer un sur-complémentaire supplémentaire ! Quant à l'employeur, lui, il pourra déduire sa part de cotisations de la masse salariale au détriment des rémunérations. Au fou ! Mumm ! La bonne soupe pour les assurances privées, au détriment de la protection sociale collective ! Un énorme gâteau. Et puis, la plupart des salariés ont déjà une assurance complémentaire. Ils ne garderont donc pas les deux, ou alors leur complémentaire habituelle leur fera miroiter les délices de souscrire, chez eux, une « sur-complémentaire ». Et la concurrence sera rude entre les chacals de l'Assurance ! Moralité, sauf peut-être dans les très grands groupes, cette konnerie coûtera plus cher aux assurés.

 

- Et la Sécu la dedans ?

 

- La Sécu, elle est attaquée de toutes part. La tactique pour sa mise à mort ? On ruine celle-ci (qui pourtant arrive à baisser son déficit !) de façon à la déconsidérer vis-à-vis des assujettis ; parallèlement, on prend prétexte de ce déficit abyssal pour baisser les taux de remboursement des médicaments, voire on dérembourse des médicaments considérés comme peu efficaces ; le résultat est un transfert du remboursement du reste à payer sur les assurances dites « complémentaires ». Ce faisant, on habitue le cotisant à s'appuyer de plus en plus sur les assurances privées et à critiquer la Sécurité sociale. C'est de l'action psychologique destiné à préparer les cerveaux (déjà karchérisés par la télé et les merdias) à l'abandon progressif de la Sécu. Ah ! Au fait, ça se fait sous un gouvernement dit « de gauche ». Hollande, Valls, Macron, Gattaz, Bébéar, même combat !

 

- Et que faudrait-il faire ?

 

- Supprimer toutes ces « mutuelles » parasitaires. Et rendre toutes ses prérogatives à la Sécurité sociale. À défaut d'un remboursement à 100 % - ce qui devrait être pourtant la norme – il suffit de créer, au sein de la Sécu, un département d'assurance volontaire, couvrant le remboursement de ce qui ne serait pas pris en compte par la Sécu principale. Avec évidemment, pour l'assuré, le versement volontaire d'une cotisation modulable selon ses besoins qui, de toute façon, serait bien moins chère que celle des assurances « complémentaires » privées, mutuelles ou non (les frais de fonctionnement de la Sécu étant de 3 % contre 15 % chez les assureurs privés qui se goinfrent et ne prennent que les petits risques). Et, surtout, supprimer toutes les exonérations de cotisations car, si les entreprises ont de l'argent pour payer des complémentaires d'entreprise, pourquoi n'en auraient-elle pas pour payer des cotisations à la Sécu ?

 

- Évidemment. Sans compter que dès lors, les toubibs ne pourraient plus refuser le tiers payant puisqu’ils n’auraient qu'un seul interlocuteur – la Sécu - au lieu de 500 « mutuelles ».

 

- Allez. À la nôtre !