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02/01/2017

Ras le hanap de ces vins trop lourds qui veulent péter plus haut que leur cru.

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Nous avons largement festoyé ces derniers jours. Et Sa Majesté le Vin a été l’un des indispensables rois de la Fête.

Seulement voilà : les vins actuels titrent quasiment tous au-dessus de 13 degré alcoolique. Les vignerons sont à côté de la plaque avec leurs vins hyper alcoolisés. Il fut un temps où seul le Châteauneuf, voire le Gigondas tangentaient les 13,5 ou 14°. Maintenant, le moindre vin de pays affiche son 13,5°. Aberration énorme ! Comment voulez-vous, amis vignerons, que nous buvions ça ? Les temps ont changé, les lois routières aussi, il faut vous adapter !

Les vignerons subissent une crise qu’ils ont eux-même, en partie, généré. Ceci avec le système de paiement des coopérateurs au degré-hecto qui a formé – ou plutôt déformé – les mentalités et régit les pratiques pendant des décennies. Ce système faisait que pour un volume déterminé, plus le degré était fort, plus le vigneron gagnait d’argent. Résultat : des encépagements qui pissent du degré, des vendanges en surmaturation, etc. Nos amis vignerons rétorquent : « Oui mais le soleil… oui mais la chaleur… ».

Qu’ils se débrouillent ! Qu’ils replantent des aramons ! Ce sont eux les professionnels, eux qui paient (fort cher) les services d’oenologues sortis du même moule influencé par l’ignoble Parker, le fossoyeur de la viticulture française de qualité. Ces oenologues ont fait en sorte qu’il n’y aie plus de mauvais vins, mais il n’y en a plus de grandioses… Les vignerons d’antan manquaient souvent une cuvée, mais ils nous concoctaient parfois des nectars sublimes. Maintenant il n’y a plus que des vins corrects, sans plus. Et surtout qui cachent leurs défauts derrière un degré d’alcool aberrant. Les grands Pétrus ne titre pourtant que rarement plus de 12°…

Les professionnels du vin sont évidemment préoccupés par ce dilemme : le réchauffement climatique augmente la teneur en sucre donc en alcool, mais la clientèle réclame des vins faciles à boire, plus léger en alcool.

Les vignerons ont à leur disposition plusieurs techniques pour empêcher que le degré d’alcool ne s’élève trop : vendanger plus tôt, avant complète maturité. Mais cela peut être gênant sur certains vins. Si l’on veut que le fruit s’exprime, que le vin soit souple, élégant, il faut que le fruit soit mûr…

Il y a aussi maintenant des techniques de désalcoolisation partielle des vins :

- Le procédé REDUX de réduction de la teneur en sucre des moûts. Ce procédé, proposé par la société Bucher-Vaslin, associe ultrafiltration et nanofiltration pour éliminer une partie du sucre contenu dans le moût. Cette technique ne permet pas de dépasser une baisse de degré supérieure à 2 % vol. Les vins obtenus par ce procédé sont de bonne qualité avec des équilibres en bouche très intéressants. Les profils aromatiques de ces vins sont proches des vins sans traitement issus de la même date de récolte, contrairement aux vins issus de récolte précoce mais de même degré. Le principal inconvénient de la technique est une perte de volume importante : environ 7 % pour 1 % volume d’éthanol éliminé.

- Le procédé Spinning Cone Column (SCC) ou colonne à cônes rotatifs (CCR). Une fraction du vin passe une première fois dans une colonne à 30°pour en extraire les composés très volatils (arômes) puis une deuxième fois pour éliminer l’alcool de cette fraction désaromatisée. L'extrait aromatique est alors réintroduit, puis cet ensemble est réintégré dans l’ensemble du vin traité. On descend ainsi le degré final d’alcool du vin à la demande.

- Le procédé de désalcoolisation membranaire Memstar. Ce procédé est basé sur la nanofiltration par le double passage du vin à travers une membrane. Un premier passage permet d’extraire un liquide eau-alcool. Un second passage à travers des membranes hydrophobes permet d’extraire l’alcool. Là encore les extraits aromatique récupérés au premier passage sont réintroduits.

Les techniques existent, encore faut-il que les professionnels les adoptent et que les législations les intègrent. C’est à la filière viticole de faire le nécessaire auprès des pouvoirs publics, tant nationaux qu’européens.

La filière viticole est organisée par les syndicats professionnels et par les Comités interprofessionnels qui regroupent les vignerons indépendants, les vignerons coopérateurs (à travers leurs représentants), les négociants, les courtiers. Bien. C’est très positif de s’organiser. Seulement voilà, il manque le maillon LE PLUS IMPORTANT de la filière. Celui sans qui tous ceux qui sont en amont travaillent pour rien. Je veux parler évidemment du BUVEUR DE VIN ! Celui qui sort ses sous de sa poche pour acheter les produits que concoctent amoureusement les autres. C’est son avis à lui qui compte. C’est lui le roi : il achète ce qui lui plaît, et pas ce que la filière vigneronne veut lui faire acheter. Croyez-vous qu’on lui demande son avis ? Pas du tout. Il n’existe pas, ce cochon de payant. Alors il ne faut pas s’étonner s’il va chercher ailleurs des vins qui lui conviennent.

Nous — buveurs de vin, fiers de l’être, pas ivrognes du tout, amateurs militants des bonnes choses de la vie, disciples vénérables de Bacchus — voulons retrouver des vins plaisir, des vins de soif, des vins légers comme une caresse de jeune fille, des vins spirituels et pas spiritueux, des vins dont un verre en appelle un autre.

Ce que nous ne voulons plus, ce sont des vins assommoirs, des vins fabriqués par des « vitiplanchistes » ayant tous le même goût d’infusion de parquet.

Amis vignerons, faîtes-nous de nouveau plaisir. Arrêter de tous vouloir faire des vins qui veulent péter plus haut que leur cru !


Liens : http://www.vignevin-sudouest.com/publications/fiches-prat...

http://avis-vin.lefigaro.fr/magazine-vin/o28431-vin-et-cl...


Photo X - Droits rservés

26/09/2016

Au bistro de la toile: A boire, tavernier! A la mémoire de Chimulus.

chimulus bistro copie.jpg

 

 

- Oh ! Loule, ton rouge, après t’avoir caressé le clapoir, il te glisse délicieusement vers le cimetière à andouillettes en te réchauffant les tuyaux que c’en est un bonheur.

- Côtes-du-Rhône Victor ! Côtes-du-Rhône !

- Seulement, en sortant de ton merveilleux antre de perdition après deux canons, je risque – si je conduis et me fais contrôler par les lollis – d’y laisser le permis…

- Tu risques pas grand-chose : tout ce que tu conduis, ce sont tes panards qui marchent en canard ! Tè ! À la tienne !

- Ce que je reproche à mes potes vignerons, c’est de faire des vins trop forts en alcool. Le moindre Côtes-du-Rhône titre 14°. Trop lourd.

- Moi, je préférerais proposer des vins à 11 ou 12°. Mais ça se trouve de moins en moins, et jamais en A.O.C. Il y a vingt ans, seuls les Châteauneuf-du-pape et les Gigondas titraient 14°. Maintenant, c’est la majorité des vins. Je vends ce que j’ai…

- Bientôt, Loule, tu pourras vendre des vins scandinaves, belges ou anglais !

- Dieu – enfin, Bacchus ! - me garde, Victor ! Ne profère pas des insanités pareilles.

- Pas du tout Loule. Des études sérieuses, notamment par l’INRA, ont prouvé que la précocité des vendanges - et la teneur à l’alcool qui en résulte - est liée au réchauffement climatique, un phénomène susceptible de bouleverser la viticulture traditionnelle qui pourrait aller jusqu’au "grand chambardement".

- Qué chambardement ?

- La date des vendanges est liée aux températures d’avril à septembre. Les études agronomiques mais également historiques le confirment : été chaud signifie vendanges précoces. L’avancée actuelle est liée en quasi-totalité au réchauffement climatique. Dans le temps, lors des années froides, c’était la catastrophe, il fallait mettre du sucre dans le vin qui n’était pas suffisamment alcoolisé ; c’était la « chaptalisation ». Mais depuis dix ans, on constate une augmentation du degré alcoolique des vins, c’est très net, partout. Ce qui était du 11 degrés avant, c’est du 13 degrés maintenant. Et chez nous, c’est même du 14 et 15°. Ça pose problème… En Provence, en Côtes-du-Rhône, en Languedoc, le manque d’eau est de plus en plus flagrant. Au point que l’irrigation au goutte-à-goutte commence à entrer dans les mœurs.

-… taing ! Finalement, les vignerons, ils font comme Jésus…

- ? ? ? ? ! ! ! ! ! !

- Eh ! oui. Ils changent l’eau en vin ! Mais c’est vrai que la trop forte teneur en alcool des vins actuels est un problème. Vé ! Même les gens qui ont le gosier en pente, comme toi, lèvent moins facilement le coude à l’heure de l’apérobic. Pauvre de moi…

- Rigole… Mais les vignerons qui font un peu travailler les boyaux de leur tête commencent à se faire du mouron. Dans un premier temps, un léger réchauffement climatique c’est plutôt positif pour le vin. Jusqu’à 1 ou 2 degrés Celsius de plus, on peut penser qu’en modifiant les conditions de conduite de la vigne, on pourrait garder les productions traditionnelles et leurs valeurs de terroir. Mais au-delà c’est le grand chambardement. Pour les politiques, l’objectif est de limiter le réchauffement à deux degrés, seuil à partir duquel les impacts commenceraient à devenir dangereux pour les activités humaines. Pour la vigne, deux degrés, c’est le moment où cela commencerait à basculer. Si le réchauffement atteignait 5 ou 6 degrés en moyenne mondiale - ce qui se produira si les tendances actuelles se poursuivent - on pourrait trouver de la vigne dans le sud de la Suède, comme les vignobles qu’on commence à avoir en Angleterre, en Belgique, aux Pays-Bas. Et ici, on plantera des palmiers à huile…

- Tè ! Victor, l’année prochaine, je te servirai du véritable Knock-le-Zout-Village, du Manchester Grand Cru classé ou des Premières Côtes de Stockholm !

- Eh ! Eh ! Les Champenois prospectent des terroirs dans le sud de l’Angleterre où on trouve déjà plus de vignobles que ce qu’on pense !

- À la tienne !

 

Illustration: merci à Chimulus, ce formidable humoriste qui vient de mourir le feutre à la main. Respect et trinquons à sa mémoire.

30/11/2015

Au bistro de la Toile : COP 21, lapinisme,vin

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- Ça y est les soiffards, c’est parti pour le grand raout de la terre qui chope la fièvre. 150 chefs d’États. Un bordel pas possible à Paris. Avec l’ombre des tarés nazislamistes qui plane. Au fait, c’est tout bon pour les mastroquets le réchauffement climatique : si les gens ont trop chaud, ils auront soif, et alors ils viendront au bistro !

 

- T’entend Bert. Ce puteng de Loulle, finalement c’est un grand optimiste : il voit le bon côté des choses… Surtout pour son portefeuille.

 

- Attend, Victor, ils nous gonflent les aliboffis avec des conneries qu’on n’y comprend rien. On parle de la montée du niveau de la mer en 2100, du risque d'avoir une concentration de CO2 de 850 ppm dans l'atmosphère en 2050... Moi, pour tout te dire, j’y comprend nibe et je m’en fous complètement de se qui se passera en 2100. Y a longtemps que je fumerais les pissenlits par la racine !

 

- C’est vrai que toutes ces abstractions ne mobilisent pas trop. Tout le monde s’en fout. Seulement le bordel qui va résulter du changement climatique, ce sera du concret : une affaire de territoire, de nourriture, d’air, de terres. Le changement climatique n'a d'intérêt que pour les sociétés et les cultures. La terre s'en fout, elle, du changement climatique ! Elle en a vu d’autres. Et si l’humanité disparait, elle n’en crèvera pas pour autant ! Nos économies occidentales sont les véritables responsables de cette merde climatique. Á partir du moment où, en un siècle environ, on renvoie dans l’atmosphère des gaz que la nature a mis des millions d’années à transformer en pétrole et en charbon, faut pas s’étonner si le climat tend à redevenir ce qu’il était à l’époque du carbonifère : une étuve.

 

- Bon. On aura un peu plus chaud ? On mettra la clim. Les palmiers remplaceront les vignes ? On boira du vin de palme. Le pétrole manquera ? On roulera dans des bagnoles électriques…

 

- Voilà. Le changement climatique est là, dans la tête des gens. Mais beaucoup, comme toi Loulle, semblent croire qu'ils pourront continuer à vivre comme ils le font aujourd'hui, s'ils consentent à quelques ajustements techniques. Ta bagnole électrique, c’est bien, mais d’où elle viendra ton électricité ? Il serait peut-être plus malin de réfléchir à l’utilité des déplacements ! De l’utilité de faire venir sur nos tables de l’ail de Chine ou du raisin du Chili. De l’utilité de prendre sa bagnole pour aller se goinfrer de conneries dans ces temples de la consommation que sont les hypermarchés et les zones commerciales. De la pertinence d’avoir son lieu de vie à des dizaines de kilomètres de son lieu de travail. Tout est à repenser. Mais il est plus facile de se laisser bercer par les propos rassurants de nos gouvernants car ce que nous rabâchent depuis des années les lanceurs d’alerte est trop énorme. Il s'agit de conclusions révolutionnaires pour nos sociétés et les conséquences sont trop désagréables pour être abordées de front.

 

- Bof… Et alors, qu’est-ce qui va se passer ?

 

- Nous appartenons aux pays les plus riches du monde. Mais le nombre de ces « happy few » va décliner dans les années qui viennent, avec la poussée démographique mondiale. Les habitants des pays industrialisés représentent aujourd'hui environ 20% de la population mondiale, représentant 95% de la richesse mondiale. Dans 10 ans, ils ne seront plus que 17%. Qui veut abandonner ça ? Nous en profitons. C'est très confortable d'être là où nous sommes. Seulement les 80 % que nous pigeonnons, ben, ils sont aussi kons que nous, ils veulent tout simplement faire comme nous, vivre comme nous, se goinfrer comme nous, saloper la planète comme nous et si nécessaire prendre notre place. Par la force. On se farcir déjà les réfugiés de guerre, mais les réfugiés climatiques qui vont arriver, vous croyez qu’ils seront tout doux et tout gentils ? Et vous pensez que nos sociétés vieillissantes et repues seront en mesure de les arrêter ? L’avenir, il risque d’avoir un goût de sang. Mais le danger ne viendra pas seulement de l’extérieur. Tous les problèmes que nous connaissons vont s'accentuer : la pénurie de nourriture et d'eau, les inégalités... Le climat sera à l'origine des guerres du XXIe siècle. Au sein de nos sociétés, les inégalités générationnelles vont devenir conflictuelles. Parce que c'est la première fois de l'histoire moderne que nous exploitons à ce point les ressources des générations à venir. Nous vivons à crédit. En bouffant le pain de nos enfants ! Et ils nous le feront payer cher. Enfin, il y a un autre problème, plus important que tous les autres car il les soutend…

 

- Ah ! Encore ? C’est quoi ?

 

- C’est le lapinisme Loulle. C’est le lapinisme. L’homme et sa copine la femme ne pensent qu’à baiser ! Et c’est très bien. Mais si on baise non pas seulement pour se régaler la viande mais pour mettre la petite graine, ben, comme les lapins, on pullule (j’ai pas dis on pue Loulle !).

Sais-tu, Loulle, et toi aussi Bert, que pour chaque battement de ton palpitant, trois bébés naissent quelque part dans le monde ! Essaye d’imaginer ce fleuve, cette marée de nouveaux venus braillards sur cette pauvre boule puante qu’on appelle Terre ! Ouais, me direz-vous. Mais pendant ce temps, il y en a un paquet qui passent l’arme à gauche et vont servir de patapon aux asticots. Allez les vers ! C’est vrai. Mais il n’en meurt qu’un lorsqu’il en naît trois ! On est loin du compte… Trois marmots par seconde qui réclament tout de suite à bouffer. Soit 180 par minute, 260.000 par jour, 95 millions par an, autant que la France et l’Espagne réunies. Et comme il ne meurt « que » 35 millions d’homo sapiens (homme sage ! ! ? ?) par an, ça nous laisse un confortable « bénef » d’environ 60 millions supplémentaires chaque année — l’équivalent d’une France ! — de bouches à nourrir… Comme ces bouches viennent principalement dans des pays où on crève déjà de faim, vous voyez le tableau. Et comme ces pays, qui sortent de la misère, comme la Chine actuellement et l’Inde, veulent accéder au « progrès » que représente la manière de vivre occidentale, ça va en faire des bagnoles qui cracheront leurs gaz pourris, des forêts qu’il faudra couper pour leur fournir des salons de jardin en teck et des tonnes de pubs débiles, des poissons qu’il faudra pêcher pour leur procurer du patapon pour leurs chien-chiens… Vive la croissance ! « Croissez et multipliez-vous » qu’il a dit l’Autre. Ouais. Jusque dans le mur. Et le mur, ce sera un coquetèle agréable de guerres pour l’eau, de catastrophes naturelles, de bonnes et belles épidémies… Tout ça orchestré par de gras et gros dictateurs qui pueront autant du cerveau que des pieds !

 

- Puteng, Victor. Tu nous la fais raide là. C'est vrai que ça fait du monde. Ils mangeront peut-être, mais ils mangeront debout ! Tè ! Buvons un coup pour oublier…

 

- Á la nôtre. Bientôt, Loulle, tu pourras vendre des vins scandinaves, belges ou anglais !

- Dieu – enfin, Bacchus! - me garde, Victor ! Ne profère pas des insanités pareilles!

- Pas du tout Loule. Des gens de l'Inra se sont penchés sur le problème et ils estiment que la précocité des vendanges - et la teneur à l'alcool qui en résulte - sont liées au réchauffement climatique, un phénomène susceptible de bouleverser la viticulture traditionnelle qui pourrait aller jusqu'au « grand chambardement ».

- Què chambardement?

- La date des vendanges est liée aux températures d'avril à septembre. Les études agronomiques mais également historiques le confirment : l'avancée actuelle est liée en quasi-totalité au réchauffement climatique. Dans le temps, lors des années froides, c'était la catastrophe, il fallait mettre du sucre dans le vin qui n'était pas suffisamment alcoolisé ; c’était la « chaptalisation ». Mais depuis dix ans, on constate une augmentation du degré alcoolique des vins, c'est très net, partout. Ce qui était du 11 degrés avant, c'est du 13 degrés maintenant. Et chez nous, c'est même du 14 et 15°. Ça pose problèmes...

- Eh! Même les gens qui ont le gosier en pente, comme toi, lèvent moins facilement le coude à l'heure de l'apérobic. Pauvre de moi...

- Les professionnels du vin sont inquiets. Dans un premier temps, un léger réchauffement climatique c'est plutôt positif pour le vin. Jusqu'à 1 ou 2 degrés Celsius de plus, on peut penser qu'en modifiant les conditions de conduite de la vigne, on pourrait garder les productions traditionnelles et leur valeur de terroir. Mais au-delà c'est le grand chambardement. Pour les politiques, l'objectif est de limiter le réchauffement à deux degrés, seuil à partir duquel les impacts commenceraient à devenir dangereux pour les activités humaines. Pour la vigne, deux degrés, c'est le moment où cela commencerait à basculer. Si le réchauffement atteignait 3 ou 4 degrés en moyenne mondiale - ce qui se produira si les tendances actuelles se poursuivent - on pourrait trouver de la vigne dans le sud de la Suède, comme les vignobles qu'on commence à avoir en Angleterre, en Belgique, aux Pays-Bas. Et ici, on plantera des palmiers à huile…

- Tè! Victor, l'année prochaine, je te servirai du véritable Knock-le-Zout-Village, du Manchester Grand Cru classé ou des Premières Côtes de Stockholm !

- Eh ! Ce sera peut-être bon. Á la nôtre !

 

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Illustration X - Droits réservés

05/02/2014

Pour sortir de la grisaille : de l’Amour et du Vin

Triomphe de Bacchus par Cornelis de Vos.jpg

 

 

 

 

Tiens, je viens de déboucher une bouteille de Côtes-du-Rhône primeur de chez David, que j’avais oubliée. Elle reste très bonne, avec un peu moins de fraîcheur, mais plus de rondeur. Révérence envers les seuls dieux que je révère : Dionysos-Bacchus et Aphrodite-Vénus. Chantons la gloire du Vigneron, ce paysan sacré dont la sueur féconde les entrailles de la terre, ce magicien qui, d'arides cailloux, tire le sang de dieu.

 

 

 

Que fit dieu pour guérir nos maux

 Le vieux vin et les jeunes femmes !

 Il créa pour notre bonheur

 Le sexe et le jus de la treille

 Aussi je veux en son honneur

 Chanter le con et la bouteille

 Dans l'Olympe, séjour des dieux

 On boit, on patine les fesses

 Et le nectar délicieux

N'est que le foutre des déesses !

Si j'y vais, jamais Apollon

Ne charmera plus mon oreille

De Vénus je saisis le con

De Bacchus arrach'la bouteille!

Dans les bassinets féminins

Quand on a brûlé des amorces

Quelques bouteilles de vieux vin

Au vit rendent toute sa force

Amis, plus on boit plus on jouit

Un buveur décharge à merveille,

Aussi le vin pour dire tout

C'est du foutre mis en bouteille

On ne peut pas toujours bander

Du vit le temps borne l'usage

On se fatigue à décharger

Mes amis on boit à tout âge !

Quant au vieillard aux froids couillons

Qu'ils utilisent mieux leurs vieilles !

Quand on n'peut plus boucher de cons

On débouche au moins des bouteilles !

Mais hélas depuis longtemps

Pour punir nos fautes maudites

Le Bon Dieu fit les cons trop grands

Et les bouteilles trop petites !

Grand Dieu fais, nous t'en supplions

Par quelque nouvelle merveille

Toujours trouver le fond du con

 Jamais celui de la bouteille !

 

 

Écrit par le grand poète catalan Alonzo Bobinar

 

 

 

Septidi 17 pluviôse 222

 

Illustration Cornelis de Vos

 

03/12/2013

M’ame Michu et M’ame Chazotte trinquent !

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- Six mois de taule et 30.000 euros d’amende ! Ah mais ! Faut pas rigoler avec ça M’ame Michu !

 

- Ben ça alors. Et qui c’est qui s’est pris cette peine, M’ame Chazotte ? Un trafiquant de drogue ? Un élu corrompu ? Un mari qui bat sa femme ?

 

- Non. Vous n’y êtes pas M’ame Michu. Il s’agit d’un vigneron bourguignon.

 

- Qu’est-ce qu’il a fait ? Il a empoisonné ses clients ?

 

- Ben non. Justement. Il a refusé d’utiliser des pesticides dans ses vignes. Et c’est pour ça qu’il a été convoqué devant le procureur lien 

Il faut dire qu’en matière pinardière, l’utilisation de pesticide est massive. La France est championne d’Europe pour l’utilisation des pesticides, et la viticulture est utilisatrice de près de la moitié de ces poisons ! Il y a 300 fois plus de pesticides dans le vin que dans l’eau.

 

- Oui, mais c’est à des doses infinitésimale M’ame Chazotte. Et puis tout de même, on ne va pas se mettre à boire de l’eau, non ?

 

- Ah ! C’est vrai que l’eau est plus dangereuse que le vin. Les gens qui se noient, c’est dans l’eau ! Un tsunami de pinard ferait-il moins de morts ? Mais revenons à notre vigneron menacé de taule. Emmanuel Giboulot – c’est son nom – est une vigneron qui cultive en biodynamique, un mode de culture relativement proche de l'Agriculture Biologique. Sa famille cultive en bio depuis 1970, son exploitation n'utilise aucun pesticide depuis 43 ans. Il exploite 10 ha de Côtes-de-Beaune et de Hautes-côtes de Nuits. Or, la biodynamie rejette catégoriquement l'épandage préventif de pesticides. C'est pourquoi, au début de l'été 2013, il refuse de traiter ses vignes contre la flavescence dorée, comme l'exige un arrêté de lutte contre le risque de cette maladie de la vigne. Comme d'autres viticulteurs qui s'y opposent, il s'expose alors aux dispositions pénales prévues à l'article L 251-20 du code rural et de la pêche maritime, c'est à dire "six mois d'emprisonnement" et "30 000 euros d'amende", rien que ça. Lien

 

- Flavescence dorée ? C’est joli ce nom. Mais c’est quoi ?


- C’est la maladie la plus grave de la vigne. Elle ne contribue pas à faire baisser le rendement, elle est tout simplement mortelle. Elle est transmise par un petit bestiau, la cicadelle. Le traitement se fait donc contre ce bestiau. Sinon, il faut arracher les ceps malades.


- On comprend que les vignerons soient inquiets. La flavescence dorée risque de foutre en l’air des années de travail.


- C’est pourquoi les vignerons « conventionnels » s’énervent de voir que leurs collègues vignerons de l’agriculture bio ou biodynamique refusent les traitements préventifs contre la cicadelle. Ils estiment que cela pourrait favoriser la propagation de la maladie.


- Vous avez dit le mot : traitements préventifs ! Il n’y a pas de maladie, mais on ne sait jamais. Alors on traite. Dans la viticulture et plus largement l’agriculture dite « conventionnelle », tout risque est écarté par un traitement phytosanitaire préventif, massif et large, en se foutant complètement des conséquences sur les écosystèmes et les populations. Sans oublier que ces traitements sans réelles justification contribuent évidemment à polluer les parcelles des voisins qui cultivent en bio…


- On peut comprendre l’inquiétude des viticulteurs auxquels, depuis des décennies, les autorités de la profession ont insufflé la culture du pesticide à tout va. Mais on ne peut pas admettre la dureté de la peine encourue par ceux qui veulent s’écarter de cette viticulture polluée et polluante. Peine totalement disproportionnée pour ce vigneron qui n’a rien fait de mal, au contraire. Surtout en comparaison avec le laxisme pénal qui est monnaie courante dans des affaires autrement dangereuses…


- Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous feront noir ou blanc…


- Tè ! Je ne boirais plus que du vin bio.

 

Tridi 13 brumaire 222

 

Photo X – Droits réservés


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Puisqu'on est dans la lutte contre la malbouffe, vous trouverez sur ce lien une liste de produits que vous pouvez ne pas acheter: ils engraissent Monsanto:



http://www.terresacree.org/actualites/module-mere-comment-va-la-belle-bleue-1643/actualite-boycott-monsanto-enfin-la-liste-des-marques-complices-assassines-109019?filtre=date

 

15/02/2012

Au bistro de la Toile : « Vivent les vins ! Vivent les vins ! Vivent les vins divers ! »

chimulus bistro copie.jpg 

 

- Oh ! Loulle, tournée générale ! On est les champions ! On est les champions !

 

- Champions de quoi Victor ?

 

- De l’exportation de pinards ! Le pinard, le bleu, le jaja, le sang de la vigne, la tété d’octobre ! On a vendu à l’étranger, l’an dernier, pour plus de dix milliards d’euros ! Du Bordeaux, du Côtes-du-rhône, du Bourgogne et tous les crus merveilleux de nos terroirs ! Du Champagne, du Cognac et même de la vodka made in France ! Près de 2,5 milliards de boutanches bien de chez nous que se sont envoyés les « estrangers » !

 

- …taing ! Ils ont le gosier en pente les « estrangers » ! Au moins autant que nous…

 

- Un peu moins tout de même. Les premiers, ce sont les Zétazuniens, puis les Zallemands, les Rosbifs, les Belgicos, puis les Chinetoques et les Singapouristes…

 

- Ils sucent pas des glaçons eux non plus alors. Le pinard, ça rapproche les peuples ! Bonum vinum laetificat cor hominis ! comme disait Bacchus, qui s’y connaissait !

 

- Et ça en fait du pognon tout ça ! Et un nom pour la France ! Et une image ! C’est l’équivalent de 153 Rafales ! De quatre centrales nucléaires ! De je ne sais combien de TGV ! Mais personne n’en parle…

 

- Et surtout pas Sarko, ce triste buveur d’eau…

 

- Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que la profession n’a pas des structures commerciales équivalentes à celle des concurrents étrangers, Etats-Unis, Italie, Espagne, Chile, Afrique du sud, Australie. Il n’y a pas chez nous de très grandes marques puissantes et structurées à l’export. Lorsque tu vas dans une foire agroalimentaire à l’étranger, tu trouveras d’énormes stands italiens, étazuniens ou chiliens, puis…des producteurs de Bordeaux, de Chateauneuf-du-Pape, de Loire, d’Alsace… Et pourtant ils vendent ! Et bien ! La preuve est dans les chiffres.

 

- Peut-être que les « estrangers » sont sensibles à l’authenticité de nos terroirs et à la très grande diversité de nos vins.

 

- Peut-être, et ce serait une bonne nouvelle.

 

- Allez ! Faut arroser ça ! A la nôtre !

 

 

Septidi 27 pluviose 220

 

Merci à Chimulus

 

 

17/11/2011

A Avignon : quand les vins primeurs font la Fête.

 

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Tandis que claquent au vent du nord les oriflammes des Confréries vineuses, tandis que sonnent de joie les cent clochers de la cité, la Place du Palais des Papes retrouve pour une fugitive soirée ses fastes multicolores d'antan. Du temps où Avignon était capitale du monde, du temps où défilaient sous les abruptes murailles du plus grand palais gothique de la planète les ambassades chamarrées, colorées et bruissantes de musiques des grands et des puissants de la chrétienté.

 

Mais c'est grâce à Bacchus que la cité provençale - où Saint-Pierre, pour un temps accrocha sa barque - retrouve les fastes pour lesquels elle est née.

Bacchus, le dieu de la vigne qui préside chaque année, le troisième jeudi de novembre, aux grandes bacchanales données en l'honneur de la naissance du Vin Primeur !

 

Les cinq cents robes de satin moiré, de soies multicolores des membres de toutes les Confréries vigneronnes de la deuxième aire d'appellation de France remontent solennellement, sous les vivats de cette foule avignonnaise si friande de fêtes, la principale artère de la ville. Elles se regroupent en un fastueux kaléidoscope aux pieds des imposantes murailles du Palais des Papes, orgueilleusement paré des atours de la Fête.

 

Fête du vin primeur, du vin nouveau, du premier vin sorti en chantant des cuves encore frémissantes.

 

Fête du Vin, fête de Bacchus, fête de la joie de vivre, fête des vignerons dont elle chante la Gloire.

 

Gloire au vigneron, ce poète de la terre, ce magicien qui, d'arides cailloux fait naître le nectar préféré des dieux. Cet humaniste qui offre à ses prochains le moyen d'approcher la Lumière divine. Ce faiseur de vie dont la sueur féconde les entrailles de la terre. Ce paysan sacré qui crée le sang de Dieu.

 

Gloire aussi au Vin, ce dieu végétal qui prodigue généreusement à l'Homme la vigueur et l'esprit, l'humour et l'amour. Ce rassembleur qui rapproche en une communion dionysiaque les puissants et les humbles. Ce sésame du désir et du plaisir qui nous ouvre en chantant le cœur et le piège à bonheur de nos belles compagnes.

 

Gloire encore à la futaille, aux tonneaux, aux barriques, qui protègent, mûrissent et enfantent le Vin.

Et gloire à la bouteille, oblongue ou ventrue, dont la panse repue est une récompense.

 

Gloire au modeste bouchon, gardien de joie et d'éternité, dont le pop joyeux est un signal de Fête.

 

Gloire au hanap, au verre, au calice, au taste-vin et à la Coupo Santo, ultimes véhicules entre le Vin et l'Homme.

 

Gloire enfin aux Buveurs, mes frères,  qui envahissent la Place et cherchent en se serrant l'espace qui dispense généreusement le Premier Vin.

 

Voilà ce qu'est la Fête des Vins Primeurs en Avignon où l'on chante, où l'on danse, où l'on épanche en beauté les plus larges soifs !

 

Septidi 27 Brumaire 220

 

 Photo X - Droits réservés

20/09/2010

Au bistro de la Toile: les vins ont trop chaud aux miches.

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-         Oh! Loule, ton rouge, après t'avoir caressé le clapoir, il te glisse délicieusement vers le cimetière à andouillettes en te réchauffant les tuyaux que c'en est un bonheur.

-         Côtes-du-Rhône Victor! Côtes-du-Rhône!

-         Seulement, en sortant de ton merveilleux antre de perdition après deux canons, je risque – si je conduis et me fais contrôler par les lollis – d'y laisser le permis...

-         Tu risques pas grand chose: tout ce que tu conduis, c'est tes panards qui marchent en canard! Tè! A la tienne!

-         Ce que je reproche à mes potes vignerons, c'est de faire des vins trop forts en alcool. Le moindre Côtes-du-Rhône titre 14°. Trop lourd.

-         Moi, je préfèrerais proposer des vins à 11 ou 12°. Mais ça se trouve de moins en moins, et jamais en A.O.C. Il y a vingt ans, seuls les Châteauneuf-du-pape et les Gigondas titraient 14°. Maintenant, c'est la majorité des vins. Je vends ce que j'ai...

-         Bientôt, Loule, tu pourras vendre des vins scandinaves, belges ou anglais!

-         Dieu – enfin, Bacchus! - me garde, Victor! Ne profère pas des insanités pareilles!

-         Pas du tout Loule. Des études sérieuses, notamment par l’INRA, ont prouvé que la précocité des vendanges - et la teneur à l'alcool qui en résulte - sont liées au réchauffement climatique, un phénomène susceptible de bouleverser la viticulture traditionnelle qui pourrait aller jusqu'au "grand chambardement".

-         Qué chambardement?

-         La date des vendanges est liée aux températures d'avril à septembre. Les études agronomiques mais également historiques le confirment: été chaud signifie vendanges précoces. L'avancée actuelle est liée en quasi-totalité avec le réchauffement climatique. Dans le temps, lors des années froides, c'était la catastrophe, il fallait mettre du sucre dans le vin qui n'était pas suffisamment alcoolisé ; c’était la « chaptalisation ». Mais depuis dix ans, on constate une augmentation du degré alcoolique des vins, c'est très net, partout. Ce qui était du 11 degrés avant, c'est du 13 degrés maintenant. Et chez nous, c'est même du 14 et 15°. Ça pose problèmes... En Provence, en Côtes-du-Rhône, en Languedoc, le manque d’eau est de plus en plus flagrant. Au point que l’irrigation au goutte-à-goutte commence entrer dans les mœurs.

-         …taing ! Finalement, les vignerons, ils font comme Jésus…

-          ?????????!!!!!!!!

-         Eh ! oui. Ils changent l’eau en vin ! Mais c’est vrai que la trop forte teneur en alcool des vins actuels est un problème. Vé ! Même les gens qui ont le gosier en pente, comme toi, lèvent moins facilement le coude à l'heure de l'apérobic. Pauvre de moi...

-         Rigole… Mais les vignerons qui font un peu travailler les boyaux de leur tête commencent à se faire du mouron. Dans un premier temps, un léger réchauffement climatique c'est plutôt positif pour le vin. Jusqu'à 1 ou 2 degrés celsius de plus, on peut penser qu'en modifiant les conditions de conduite de la vigne, on pourrait garder les productions traditionnelles et leur valeur de terroir. Mais au delà c'est le grand chambardement. Pour les politiques, l'objectif est de limiter le réchauffement à deux degrés, seuil à partir duquel les impacts commenceraient à devenir dangereux pour les activités humaines. Pour la vigne, deux degrés, c'est le moment où cela commencerait à basculer. Si le réchauffement atteignait 5 ou 6 degrés en moyenne mondiale - ce qui se produira si les tendances actuelles se poursuivent - on pourrait trouver de la vigne dans le sud de la Suède, comme les vignobles qu'on commence à avoir en Angleterre, en Belgique, aux Pays-bas. Et ici, on plantera des palmiers à huile…

-         Tè! Victor, l'année prochaine, je te servirai du véritable Knock-le-Zout-Village, du Manchester Grand Cru classé ou des Premières Côtes de Stockholm !

-         Eh ! Eh ! Les Champenois prospectent des terroirs dans le sud de l’Angleterre où on trouve déjà plus de vignobles que ce qu’on pense !

-         A la tienne !

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