28.06.2009
Faites le plein des sens: la soupe au pistou !

La soupe au pistou
Comment peut-on servir, les soirs de canicule
Une soupe brûlante sans être ridicule?
Et pourtant, en Provence, terre où l'on ose tout,
Il en existe une: c'est la soupe au pistou.
Nous l'avons héritée de nos amis niçois,
Eux-mêmes la tenant de nos cousins génois.
C'est vrai que de chez nous, l'Italie est bien proche,
Le cœur, les chants, le goût, presque tout nous rapproche.
"Pistar", c'est "écraser" en langue provençale.
Et le fameux "pistou" dont chacun se régale
C'est l'ail, le basilic, le fromage mêlés
Dans le mortier de marbre, et simplement pilés.
Le basilic, chez nous, ce n'est pas le "pistou"
Mais c'est" lou balicot ". Voilà. Un point, c'est tout!
- Oh ! Doucement, Victor! Tu as les arcanettes ? (1)
Respire, bois un coup et dis-moi ta recette!
- Tu as raison, petit, fais péter le bouchon!
Pour une bonne soupe, il te faut du cochon.
Une couenne, un pied, un petit jambonneau
Que tu vas nettoyer et que tu mets en eau
Froide dans un faitout, puis que tu fais bouillir.
Tu laisses demi-heure et souvent tu écumes.
Pendant que ça cuira, épluches tes légumes:
Des haricots blancs, verts, rouges. Et sans mollir.
Quatre grosses courgettes, quatre belles tomates
Mondées, épépinées, et cinq ou six patates.
Dans ta viande qui bout, met tes légumes entiers,
Sale et fais cuire une heure. Prépare ton mortier.
Du sel, dix gousses d'ail, deux pieds de basilic,
Qu' avecque ton pilon, cet emblème phallique,
Tu écrases en pommade. En tournant vivement
Verse l'huile d'olive, et ne soit pas feignant.
Rajoute trois tomates pelées, mondées, hachées,
Enfin du parmesan ou de l'edam rapé.
Vérifie si la viande est correctement cuite,
Et rectifie le goût. Écoute bien la suite:
Avec une écumoire, sort patates, courgettes
Que tu vas écraser avec une fourchette.
Elle te serviront de liant pour ta soupe.
Enfin tu mets les pâtes. Pour pas que tu les loupes
Tu les tastes souvent et tu les cuis" al dente".
Quand c'est prêt, hors du feu, dans l' oulo qui chuinte,
Introduit ton pistou en mélange homogène
Directement à table, comme l'on fait à Gênes.
Respire ce parfum d'ail et de balicot,
Qui transcende cochon, tomates, haricots!
Cette soupe est un plat complet à elle seule,
Qui ravit les gourmets et les plus fines gueules.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour six personnes:
Pour la soupe: - 1 couenne, - 1 pied, - 1 jambonneau de cochon, - 150 g de haricots blancs secs, - 100 g de haricots rouge (ces haricots seront mis à tremper une nuit), - 500 g de haricots verts frais, - 4 ou 5 belles courget-tes non pelées, - 4 ou 5 tomates (saint-pierre si vous en trouvez), - 5 ou 6 pommes de terre, - 500 g de pâtes genre petits macaronis, - 3 litres d'eau, - 2 cuillerées de gros sel de Camargue.
Pour le "pistou" : - 2 pieds de basilic à grandes feuilles, - 10 gousses d'ail, - 1 cuillère à café de sel fin, - 200 g de parmesan ou d'edam rapé (évitez le gruyère qui fait trop de fils), - 2 décilitres d'huile d'olive.
Les vins conseillés:
La soupe au pistou est un plat très parfumé qui se sert très chaud, en période estivale! Il faut donc l'accompagner d'un vin frais, léger, gou-leyant et, lui aussi, parfumé. Les vins rosés sont parfaits.
En Côtes-du-Rhône: rosés de Tavel, de Chusclan, de Travaillan, de Camaret, de Suze-la-Rousse, du Ventoux, du Luberon, des Costières-de-Nîmes, de Saint-Désirat, de Bouchet, de Nyons, de Bollène, de Roaix, de Saint--Pantaléon-les-Vignes.
En Coteaux du Languedoc: rosés de Cabrières, de Faugères, des Corbiè-res.
En vins de Provence: les rosés de Pierrefeu, Brignoles, La Selle, Ollières, Saint-Zacharie, Tourves, Tavernes.
(1) Avoir les arcanettes .. faire preuve d'une certaine irritation.
in: Le Bonheur est dans l'Assiette et dans les Ver(re)s. Disponible sur : ayoli.fr
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17.05.2009
Les lapins de champs du Grand Gaby
Grand long, déguingandé, sec
Perché sur un long cou d'échassier famélique,
Le Grand Gaby est un Prince de la barrique.
Ce fervent défenseur de l'ardeur vigneronne
Est médaillé d'honneur de la Coste-du-Rhône :
N'a-t-il pas englouti, pour se mouiller la glotte
Six cents hectos de vin, sans un verre de flotte!
Ceci en soixante ans d'une soif flamboyante,
Éteinte verre en bouche, de manière constante.
Tout comme d'autres tirent, Gaby boit des deux mains,
En saluant la foule, tel un tribun romain.
Le Grand Gaby, doté d'un vigoureux sésame
Est, cela va de soi, le chéri de ces dames.
Minettes délurées, bourgeoises en goguette
Attirées par sa réputation d'athlète,
Négligeant les on-dit qui prédisent leur perte,
Viennent à son mazet, ouvertes et offertes.
Elles doivent aimer le suint de sanglier
Car leur amant dégage un fumet de gibier.
Priape, Éros, Bacchus, protecteurs de Gaby,
Bénissent les amours cachés dans son gourbi.
Ses conquêtes, souvent, mangeront du lapin
Lorsque leur étalon part avec ses copains...
Le lapin, il est vrai, est sa spécialité,
Tant dans la casserole que contre ses beautés.
Souvent le Grand Gaby, quand vient le crépuscule,
Part hanter la garrigue où la chouette hulule.
Silencieusement, tous les sens aux aguets,
Il s'en va, dans la nuit, pour tendre ses arqués (1) :
De puissants pièges ronds, tendus par un ressort,
Pour les lapins de champs, synonymes de mort...
Quant l'aube aux doigts de roses éveille la nature
Gaby est déjà là pour prendre ses captures.
Les gardes le connaissent, tous veulent le coincer,
Mais le Grand, plus malin que la maréchaussée,
A toujours évité les rencontres néfastes
Tant, de son territoire, sa connaissance est vaste.
- Oh ! Victor, ton Gaby, c'est un bel oiseau rare !
Mais ses lapins de champs, comment il les prépare ?
- Espuillés (2), étripés, coupés en huit morceaux,
Un lapin de garenne chaque deux commensaux,
Tu frottes du thym sec de la dernière estive,
Tu arroses le tout de bonne huile d'olive,
Sel, poivre du moulin et quelques aromates
Et tu fais reposer cela dans une jatte.
Dans ta sartan (3), fond du petit-salé en dés
Dans un peu de saindoux, quantité limitée.
Quand c'est cuit, mets de l'ail, trois oignons émincés
Trois tomates pelées, soigneusement pressées,
Fais réduire à feu vif sans cesser de tourner,
Rajoutes ton lapin à peine fariné,
Fais prendre la couleur en remuant l'ensemble,
Trois verres de vin blanc ou plus si bon te semble,
Plus un morceau de sucre dans quelques verres d'eau.
Encore que la flotte ne sois pas mon credo. . .
Fais cuire sans couvrir, vivement, demi-heure.
Le Gaby l'accompagne par des pâtes au beurre.
Parmi les invités de ces repas de maître,
Le Grand convie parfois... notre garde-champêtre!
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
(1) Arqués: pièges demi-circulaires à ressort central.
(2) (2) Espuillé : écorché.
(3) Sartan : poêle.
Ingrédients et proportions pour six personnes:
- 3 lapins de champs (de garenne), - 2 verres d'huile d'olive la vallée des Baux, - thym sec émietté, - sarriette, - laurier, - sel, - poivre du moulin, -2 noix de saindoux, - 2 hectos de petit-salé, - 6 gousses d'ail pelé et écrasé, 3 oignons finement émincés, - 3 tomates pelées, mondées, épépi-nées, - 1 cuillerée à soupe de farine, - 3 grands verres de vin blanc, - 1 morceau de sucre, - 3 verres d'eau, - 1 kilo de pâtes.
Les vins conseillés:
Tous les vins rosés bien frais: Côtes-du-Rhône, Tricastin, Ventoux, Luberon, Costières de Nîmes, Coteaux du Languedoc, Côtes de Provence, Coteaux varois.
Et tous les vins de France que vous aimez! Ils sont tous bons!

in:
"Le bonheur est dans l'assiette et dans les verres"
de Jean-Victor Joubert.
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04.05.2009
Bonne bouffe du dimanche: Le catigot d’anguilles d’Alexis
Le métier d'Alexis: facteur, mais en Camargue.
La passion d'Alexis: les taureaux que l'on nargue
En courant la cocarde, le dimanche aux arènes
Pour les yeux de velours d'une belle Arlésienne.
En ces temps difficiles de guerre et de malheur,
Alexis, à vélo, pratiquait son labeur.
Pour livrer dans les mas les colis et les lettres,
Il roulait, chaque jour plus de cent kilomètres.
Il n'hésitait donc pas, pour prendre un raccourci,
À traverser les champs où paissaient les taureaux,
Son vélo à la main, sans beaucoup de soucis,
Car il "sentait" les bioù tout comme un torero.
Or donc voilà qu'un jour, sautant la barricade,
Notre Alexis marchait à travers la manade.
Il venait de quitter les animaux grégaires
Lorsque, venant de loin, un taureau solitaire,
Étalon portugais ombrageux et sournois, -
Chargea notre facteur, son vélo et ses lettres!
Alexis, razeteur, par un écart adroit,
Évite les poignards meurtriers de la bête.
Le vélo vole en l'air ainsi que la sacoche.
Le taureau la reprend et sa corne l'embroche.
Alors notre Alexis fait son plus beau combat.
Il cite le taureau par le haut, par le bas,
Il virevolte autour des cornes de la bête,
Puis, en un geste sûr, enfin sa main crochète
La musette de cuir de l'Administration.
Le fauve, dépité, a baissé pavillon
Pour se fondre à nouveau parmi ses congénères
Et se faire moquer parmi la gent vachère...
C'est à pieds, son vélo démoli sur l'épaule
Qu'Alexis a fini sa tournée un peu folle...
Il ramenait toujours des fermes et des mas
Quelques lapins de champs, des anguilles bien grasses
Que dans tous les canaux on attrape à gogo.
Le plat qu'il préférait: l'anguille en catigot.
- Dis donc, ton Alexis, c'était un homme fort!
Mais comment on les fait ces anguilles Victor?
- Tu prends deux, trois anguilles, pas trop grosses, vivantes,
Que tu vas estourbir de manière décente.
N'enlève pas la peau, mais au papier journal
Enlève le mucus du gluant animal.
Les anguilles trop grosses, pèle, ça va de soi.
Vide-les, coupe-les en bouts de quatre doigts
Que tu farineras et mettras à raidir
Dix petites minutes dans un large faitout.
Puis tu sors les morceaux, sales et poivres le tout
Et tu mets de côté sans laisser refroidir.
Dans de l'huile d'olive tu mets à colorer
Deux oignons émincés et deux blancs de poireaux,
Ne laisse pas roussir, tu fais juste dorer.
Mouille d'une bouteille de rouge de Pujaut,
Incorpore girofles, céleri, thym, laurier,
Gousses d'ail écrasées, tomates concassées,
Sel, poivre du moulin, une écorce d'orange
Sommités de fenouil. Et tu cuis ton mélange
Demi-heure à feu doux. Dans une autre sauteuse,
Avec un peu de beurre, dore des champignons
De couches émincés et des petits oignons.
Tu arrêtes, et réserves quand l'odeur est flatteuse.
Quand ta sauce est bien cuite, tu vas éliminer
Thym, écorce d'orange, le fenouil, le laurier,
Puis au moulin légumes il te faut la passer,
Avec la grille fine, qu'elle soit bien lissée.
Range dans le faitout poisson, légume et sauce,
Tu mijotes un quart d'heure pour que les goûts s'exhaussent,
Puis tu sers, décoré de persil vert et gai,
Avec du riz pilaf, mais du riz Camarguais.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce divin nectar de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne!
Ingrédients et proportions pour six personnes:
- 3 ou 4 anguilles de taille moyenne, - 1 verre d'huile d'olive, - 2 cuille-rées à café de sel fin de Camargue, - poivre du moulin, - 2 oignons, - 2 blancs de poireau, - 1 bouteille de vin rouge, - 1 branche de céleri épluchée et hachée, côte et vert, - 4 gousses d'ail, - 4 tomates concas-sées, - sommités de trois branches de fenouil, - thym- laurier, - écorce d'orange séchée, - 1 noix de beurre, - 3 hectos de champignons de cou-che, - 1 demi kilo de petits oignons, - 1 branche de persil, - 1 demi kilo de riz long de Camargue.
Les vins conseillés:
Ce plat typique des mas de Camargue s'accorde tout naturellement avec des vins rouges frais tels, en vallée du Rhône: Costières-de-Nîmes, Domazan, Comps, Estézargues, Fournès, Montfrin, Remoulins, Saze, Saint- Hilaire-d' Ozilhan.
En vins du Languedoc: Saint-Saturnin, Cabrières, Cazevieille, Saint-Gély-du-Fesc, Valflaunès.
En vins de Provence: Coteaux des Baux, Coteaux d'Aix, Coteaux varois de Sainte-Zacharie, Saint-Maximin, Barjols, Sainte-Anastasie.
07:26 Publié dans Bouffe, Cuisine/Gastronomie, Culture, poésie, Tauromachie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gastronomie, anguilles, camargue
19.04.2009
Plus gastronomique: la VRAIE Tête de Veau façon papy Chichi !
La tête de veau.
Quand revient chaque année le temps du vin nouveau
Je convie mes amis pour la Tête de Veau.
C'est un plat collectif, festif, essentiel;
C'est un repas royal ou... présidentiel!
Me méfiant des veaux qui ont "la vache folle",
Je vais chercher les miens en terres cévenoles.
Pour avoir du bon veau, et pas de la charogne,
Je commande la tête au boucher de Langogne.
Et je vais la chercher moi-même, par le train
Qui, de Nîmes, hardiment, gravit avec entrain
Les mille et un lacets, les soixante tunnels,
Les trente viaducs suspendus en plein ciel
Reliant les splendeurs de la cité romaine
Aux sauvages attraits des terres lozériennes.
Heureux, le nez au vent, ma glacière à la main,
J'en prend plein les mirettes, je hume le terrain
Qui défile et s'enfuit, lentement, pas pressé.
Cités mélancoliques de mines délaissées,
Juvéniles chahuts, rires à chaque arrêt,
À-pics vertigineux, oppressantes forêts,
Rivières et torrents, petits lacs de barrages
Viennent et disparaissent après chaque virage.
Paisibles bovidés paissant dans les prairies,
Spectacle interrompue par chaque galerie,
Le voyage est trop beau, le voyage et trop court...
- Oh ! Victor, bois un coup, arrête tes discours,
Si maïses coume aco, la testa de vedeù
Bouto, la manjaren beleù a l' an nouveù ! (1)
- C'est bien vrai. Sers-moi donc un primeur agréable
- Qui chatouille si bien mon gosier insondable.
Zou ! Trinquons et buvons, et ne fais pas la bête,
Je vais te raconter comment on fait la tête.
Lorsque j'arrive avec mon chef en bandoulière,
La Lionne a déjà sorti la gazinière
Des grandes occasions. Ce qui se fait de mieux:
Un feu sur doubles rampes se croisant au milieu.
Dans une oulo (2) profonde, voire une lessiveuse
On met à dégorger la tête voyageuse
Dans de l'eau claire et froide pendant une heure ou deux.
La laisser une nuit pourrait être hasardeux.
On la sort, on la met sur un large torchon,
On noue les quatre coins tout comme un baluchon.
Ainsi enveloppée, au fond de la bassine
On place, dans l'eau chaude, la caboche bovine.
Trois oignons giroflées, trois poignées de sel gros
Du thym et du laurier, du persil, mais pas trop.
Quand ça bout on écume avec application,
Puis on baisse le feu à tout petit bouillon.
On laisse cuire ainsi entre trois et quatre heures
Cette lenteur voulue rend la cuisson meilleure.
Pour la vérifier, je plante une fourchette:
Quand ça rentre tout seul, on chauffe les assiettes.
Soulevant le torchon, je sors alors la tête
Que je fais égoutter, coiffée d'une serviette
Pour bien tenir au chaud la viande qui tremblote.
Alors ma femme attaque la sauce ravigote :
Pour une tête entière, donc pour dix gros mangeurs,
Gourmands tant que gourmets, solides bambocheurs,
Elle écrase au mortier persil et estragon,
Cerfeuil et ciboulette, câpres et cornichons,
Tout cela manié dans trois hectos de beurre,
Elle s'en servira dans sa phase ultérieure.
Elle met à réduire huit ou dix échalotes
Dans un verre de vinaigre, au fond d'une cocotte,
Lorsque c'est bien réduit, trois cuillers de farine
Dans du beurre fondu (pas de la margarine)
Puis elle mouille avec cinq verres de bouillon,
Le jaune de cinq œufs, sale avec précaution.
Tournant au bain-marie, elle incorpore alors
Deux bons hectos de beurre, du demi-sel d'Armor.
Lorsque la sauce prend certaine consistance
Elle y met 1'appareil préparé par avance
Et manie bien le tout à la cuillère en bois.
La sauce est enfin prête pour un repas de choix.
C'est alors que j'apporte, avec solennité
La tête décorée avec habileté
Par du persil frisé, dans le nez, les oreilles.
L'assemblée s' esbaudit devant cette merveille.
Les manches retroussées, armé du Laguiole,
Je découpe en public la brûlante bestiole
Les joues souples et grasses qui fument et tressautent,
Le dedans du palais, puis la langue et la glotte,
Les viandes délicates, mousseuses du cou,
Les oreilles craquantes, les muscles des bajoues,
Enfin, le dernier bout, le bonheur des gourmets:
La pointe du museau, avec les trous du nez.
Nicole distribue: chacun son bout de veau,
Moi, je remplis les verres avec du vin nouveau.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour huit personnes:
Une tête de veau, même sans la cervelle (depuis la vache folle les bou-chers la vende écervelée), ça pèse autour de dix kilos et plus. Mais il reste beaucoup moins de viande mangeable!
Pour la tête: - 1 tête sans la cervelle (dommage...), - 3 ou 4 gros oignons piqués de clous de girofle, - 2 poignées de gros sel de Camargue, - 6 feuilles de laurier, - 3 branches de persil plat, - eau à la demande (la tête doit toujours cuire entièrement immergée, au besoin mettez un poids dessus).
Pour la sauce ravigotte : - 3 branches de persil plat, - 3 branches d'estra-gon, - quelques tiges de cerfeuil, - autant de ciboulette, - 1 cuillerée à café de câpres, - 2 cornichons. Tous ces ingrédients, pilés au mortier, seront maniés dans un hecto de beurre.
- 5 échalottes, - 1 verre de vinaigre, - 2 cuillerées de farine. - 3 verres de bouillon, - 3 jaunes d'œuf, - 2 hectos de beurre demi-sel.
- persil pour décorer les oreilles et les trous de nez.
Les vins conseillés:
La tête de veau s'accompagne idéalement avec des vins primeurs, des vins de soif, gouleyants, joyeux et sans chichis: Tulette, Sainte-Cécile--les-Vignes, Rochegude, Gaugeac, Saze.
Ventoux de : Mormoiron, Caromb, Bédoin. Tricastin.
Coteaux du Languedoc.
Côtes de Provence.
Et même, en cas de pénurie de Côtes-du-Rhône, Bordeaux légers et Vins de Loire.
-
(1) Si tu parles comme ça, la tête de veau, on la mangera peut-être, mais l’an prochain !
(2) oulo : grand récipient profond destiné à la cuisson des aliments, soit suspendu à la crémaillère d’une cheminée, soit posé sur un trépied.
22:39 Publié dans Cuisine/Gastronomie, Culture, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bonne bouffe, tête de veau
22.03.2009
Une partie de pétanque, ça fait plaisir...
Fanny
La Fanny est serveuse au café des Platanes
Elle a de ces rondeurs que les dévots condamnent
Mais que les jouisseurs lorgnent avec désir
Tant elles sont promesses de joies et de plaisirs.
Elle ondule parmi les joueurs de pétanque,
Ces acteurs naturels, ces presque saltimbanques,
Perturbe les tireurs, énerve les pointeurs,
Prive de leurs moyens ces superbes menteurs.
Sous l’effet ravageur de ses hanches qui roulent
Tous restent bouche bée et en perdent la boule
Parmi les équipiers, voilà la zizanie :
On s’insulte, on se crie, pour un point on s’encagne
On joue contre son camp, on joue à Qui-perd-gagne
Tous rêvent du Zéro… et de baiser Fanny !
La brandade de Serge et Wladimir
— Victor ! Tes pétanqueurs qui rêvent d’embrassades
En matant les rondeurs de la belle Fanny,
Ils devraient s’entraîner à faire la brandade,
Ça calmerait un peu leur érotomanie !
Voici comment la font, pour leur table éponyme
Serge et Wladimir, restaurateurs à Nîmes.
Pour réussir ton plat, éloigne les intrus,
Une nuit, à l’eau fraîche, dessale ta morue,
En six coups de hachoir frappés sur une planche,
Sans enlever la peau, en portions tu la tranches.
Tu la mets, à l’eau froide, dans un large faitout
Que tu lèves du feu quand le liquide bout,
Et tu laisses tremper dix minutes environ,
Le temps de te verser quelques petits canons.
Puis égoutte, essore, et lève les arêtes,
Dans une casserole, mets ta morue défaite,
Dès lors, tu vas chauffer l’ensemble au bain-marie.
A la cuillère en bois, à tour de bras, manie,
Ecrase la morue d’une main combative
En ajoutant du lait et de l’huile d’olive,
L’un et l’autre, tiédis, de façon mesurée
Pour obtenir enfin une lisse purée.
Cette crème doit être onctueuse et épaisse
Pour cela, il te faut branler fort, sans faiblesse.
Lorsque tu en es là, prends le temps de souffler,
Décontracte ton bras, laisse-le dégonfler,
Verse-toi volontiers un vin blanc des Costières
Et va faire un câlin avec la cuisinière.
Reprends ton appareil, oublie la rigolade
Si tu veux, comme un chef, réussir ta brandade.
Il faut la parfumer, la monter en saveur.
Elle doit embaumer pour chavirer les cœurs.
Ecrase, au mortier, une gousse d’ail blanc,
Râpe un peu de muscade — excellent stimulant ! —
Un zeste de citron que finement tu haches,
Un peu de poivre blanc, un soupçon de pistache,
Du sel si nécessaire, mais reste circonspect,
Enfin, lorsque tu sers, une truffe râpée.
Ce plat emblématique de Nîmes-la-Romaine
Incitera Fanny, à la dernière mène,
À laisser les vainqueurs autant que les vaincus,
Selon la tradition, lui embrasser le cul !
À nous, belles conquêtes ! Le vin vous embellit.
Continuons la fête, ouvrez-nous votre lit.
Chantons, rions, mangeons et trinquons nuit et jour
À la beauté des femmes, au vin et à l’amour !
Ingrédients et proportions pour six personnes:
- 1 grosse morue sèche, - 1 demi litre de lait tiède, - 1 demi litre d'huile d'olive tiède, - 3 gousses d'ail de belle taille, - 1 zeste de citron, - 1 cuillerée à dessert de poivre blanc, - 1 peu de muscade râpée, - 2 graines de pistache, - 1 truffe (accessoire), - beaucoup de vigueur dans le bras (indispensable !)
Les vins conseillés:
Profitez de ce plat gardois pour apprécier les vins rouges des Costières-de-Nîmes mais aussi les blancs vifs de la vallée du Rhône: blancs tranquilles de Saint-Péray, vins tranquilles du Diois, Saint-Gervais, Uchaux, Bollène, Mondragon, Piolenc, Sarrians, Bagnols-sur-Cèze, Codolet, Laudun, Saint-Just-d'Ar-dèche, Saint-Marcel-d'Ardèche, Villeneuve-Pujaut, Ventoux, Luberon.
En vins du Languedoc: Quatourze, La Méjanelle, Picpoul-de-Pinet. En vins de Provence: Palette, Seillons-source-d'Argens, Brue-Auriac, Châteauvert.
Vous pouvez aussi accompagner ce plat avec bonheur par des vins primeurs: Rochegude, Sainte-Cécile-les-Vignes, Sabran, Codolet, Rochefort, Lirac, Laudun.
19:27 Publié dans Bouffe, Cuisine/Gastronomie, poésie, poésie érotique, Traditions | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pétanque, fanny, cul
15.03.2009
Gastronomie printanière: L'alose d'Avignon comme ma mère
- Regarde bien, petit, cette superbe alose
Les anciens l'appelaient «la princesso dou Rose»
Éclair de vif argent, longue, fine et puissante
Bien que lourde des flancs, elle reste élégante.
Sais-tu que c'est l'amour dont elle est satisfaite
Qui va te l'amener, demain, dans ton assiette?
Respecte-la, petit, et débouche le vin
Car manger de l'amour est un plaisir divin.
C'est un poisson magique, délicieux à manger
En bonne compagnie. Et subtil à pêcher!
Lorsque le Rhône était le Fleuve-Dieu sauvage,
Point encore castré par digues et barrages,
Indomptable et fougueux quand le mistral le fouette,
Crainte des riverains et bonheur des poètes,
Braconniers et pêcheurs, au mois des primes roses
Armaient les vire-vire pour pêcher les aloses.
C'étaient des bateaux larges aux ailes de moulin
Arrimés à la rive par quatre gros filins.
Deux paniers grillagés, avec le courant, tournent.
Lorsque l'un est en haut, son opposé s'enfourne
Dans l'onde trouble et vive où peinent les aloses
Cherchant un abri sûr pour que leurs œufs éclosent.
Beaucoup n'arriveront jamais à leur frayère,
Cueillies par les paniers montant vers la lumière.
Enlevée dans les airs, l'alose se tortille
Dans une pluie dorée de gouttes qui scintillent.
Elle tombe, ahurie, dans le fond de la barque
Où le fil de sa vie est coupé par les Parques.
Le pêcheur, averti, en interrompt sa sieste,
Achève le poisson d'un coup de barre preste,
Bois un coup de rosé si sa gorge s'assèche,
Puis se rendort, heureux: pour lui le Rhône pêche!
Cette façon subtile, je crois unique en France
N'a pu être inventée que chez nous, en Provence!
Il paraît que certains, les nuits de pleine lune,
Jouant flûte et violon au bord de la lagune
Ont eu, comme Aristote, la fantastique chance
De voir, debout sur l'eau, les aloses qui dansent...
Les belles ménagères avaient leur opinion:
"Les meilleures sont les aloses d'Avignon."
En dessous d'Aramon, elles sentaient la vase,
Et après Caderousse, ce n'était que carcasses,
Mais dans le Rhône vif courant sur les galets
Roulés de Villeneuve, ou au pied du Palais
Des Papes d'Avignon, elles étaient à point:
Dévasées, mais encor avec de l'embonpoint.
- Et comment tu la cuis, ton alose, Victor?
- Oh ! Vaï t'en plan, pitchoun, y a pas lou fio a bord!
Sers-moi d'abord un coup de rosé du Ventoux
Ou de Côtes-du-Rhône, et je te dirais tout.
L'alose, tu la laves, tu l'écailles, la vides.
Tu réserves les œufs dans un torchon humide,
Prends-en un soin jaloux, c'est les meilleurs morceaux.
Pour les gourmets, c'est le caviar des Provençaux.
Puis tu tranches la tête et la fends en longueur,
Coupe l'alose en darnes de deux doigts d'épaisseur.
Tu auras pris chez un compère jardinier
Une brassée d'oseille, des épinards triés.
Tu vas hacher ces herbes assez grossièrement:
Elles vont te servir en accompagnement.
Tu prends une cocotte, mais une vrai, en fonte!
Des cocottes-minute n'accepte pas la honte.
Tu graisses bien le fond, mais à l'huile d'olive
C'est le nec plus ultra, faut pas que tu t'en prives.
Au tonneau de vin blanc, tu remplis un cruchon,
Puis tu places la tête, ouverte, sur le fond.
Tu recouvres d'un lit d'oseille et d'épinards
Sel, poivre noir, muscade, va-z-y, sois pas flemmard.
Tu dois y mettre aussi des oignons émincés,
Certains cuistots rajoutent... oui, du petit-salé.
De ton huile d'olive, une bonne giclée
Car pour ta réussite c'est là l'une des clés.
Mets tes darnes à plat, sur l'herbe, bien serrées,
Qu'elles ne bougent pas quand ça va macérer.
Un autre lit d'oseille, encore un de poisson
Chaque fois sel et poivre et de l'huile, un soupçon.
Lorsque tout est placé, bien délicatement,
Tu poses sur le tout les œufs avec leur poche.
N'aie pas peur de forcer sur l'assaisonnement
Car ce n'est qu'un poisson, et pas de la bidoche.
On atteint maintenant un moment crucial,
Pour réussir ton plat, voilà le principal:
Tu arroses le tout de trois verres de gnole.
Des verres de soiffards, pas des verres symboles.
Enfin tu mouilles avec du blanc sec de Laudun,
Mais pas trop tout de même: ce qui est opportun.
Tu fermes ta cocotte bien hermétiquement
Avec la mie de pain mouillée légèrement.
Arrive maintenant le temps de la cuisson,
Sa longueur fondra les arêtes du poisson.
C'est sous la cendre chaude, dans un cantoun de l'âtre
Que doit cuire l'alose, dans les braises rougeâtres.
Cuit-la huit heures au moins d'une chaleur tranquille
Le tout sera confit. Une alchimie subtile
Des herbes et de l'alcool dissoudra les arêtes.
Petit, sers-moi à boire, ou sinon je m'arrête!
C'est un plat rituel pour tous les gens du Rhône.
Enfin, écoute-moi: l'alose est très friponne,
Après tout le plaisir qu'elle te donne à table
Elle fera de toi un gaillard redoutable!
Tu seras comme un cerf quand résonne son brame:
Ce plat est souverain... pour le bonheur des dames.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour six personnes:
- Deux belles aloses d'un kilo et demi chacune, - un kilo d'oseille, - un kilo d'épinards en branches ou - mieux - de vert de blettes, à défaut, de la laitue, - trois oignons émincés, - 2 hectos de petit-salé haché, - deux verres d'huile d'olive, - trois cuillerées à soupe de sel fin, -poivre noir du moulin, - muscade (à votre appréciation, mais généreusement), - une bouteille et demi de vin blanc sec, - trois verres d' "aigarden" (eau-de-vie).
Les vins conseillés:
Ce plat de poisson à la saveur puissante, animale, s'accommode parfai-tement de vins blancs ayant du caractère:
Côtes-du-Rhône de Laudun, Villedieu, Lirac, St-Hilaire-d'Ozilhan, Châteauneuf-du-Pape.
Coteaux du Languedoc de La Clape, Picpoul de Pinet, Clairette de Bellegarde.
Côtes de Provence de Palette, Coteaux varois de Salernes, Saint-Maxi-min, Bellet.
Il accepte aussi parfaitement des vins rouges frais: Côtes-du-Rhône d'Estézargues, Coteaux-d'Avignon, Chusc1an, Roche-gude, Saint-Mau-rice-sur-Aygues, Sablet. Costières de Nîmes. Coteaux du Languedoc de St-Drézery, Saint-Christol ou encore le "vin d'une nuit" de Saint-Saturnin. Coteaux varois de Tourves, Barjols, Nans-Ies-Pins.
11:43 Publié dans Actualités, Cuisine/Gastronomie, Famille, Nature/Environnement, poésie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gastronomie, alose, rhône
07.03.2009
Gloire aux buveurs de vin!
Gloire à toi, Ollier
Pour qui je n’ai d’ordinaire qu’une estime mesurée
Tu as su imposer
A l’assemblée
Un amendement salvateur
Pour nous, les fins buveurs
Non pas de sales gnoles industrielles
Mais de nos nectars arc-en-ciel
Gloire au vigneron, il nous désaltère
Sa sueur féconde les entrailles de la terre
Paysan sacré qui crée le sang de dieu
D’arides cailloux, il fait du vin, Mordieu
Refrain
Gloire, gloire aux vins de la Vallée du Rhône
Superbes joyaux de l’ardeur vigneronne
Gloire à nous mes frères, les buveurs de vin
Sans qui tous ces gens travailleraient pour rien
Refrain
Gloire à la futaille, aux tonneaux, aux barriques
Qui gardent et mûrissent des nectars uniques,
Leur ventre est sacré, leur ventre est divin
Car c’est lui qui enfante les meilleurs vins.
Refrain
Gloire à la bouteille, dont la belle panse
Oblongue ou ventrue est une récompense
Du Jéroboam au Mathusalem
Du vin est dedans et c’est pour ça qu’on l’aime
Refrain
Gloire à toi, bouchon, gardien d’éternité,
Toujours au contact du vin enchanté
On t’aime beaucoup, surtout quand tu pètes
Car tu donnes alors le signal de la fête
Refrain
Gloire à vous hanaps, calices, tastevin
Coupes, flûtes, gots, verres cristallins
Derniers traits d’union entre l’homme et le vin
Soyez les écrins de nos nectars divins
Refrain
07:39 Publié dans actualités, Bouffe, Cuisine/Gastronomie, Culture, poésie de combat, Traditions | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, bonheur
01.03.2009
A s'en faire pêter l'embouligue!
- « Allez, Zou ! Viens mon beau. On va tuer le coq! »
C'est ainsi que Ginette, femme du Pays d'Oc
Fit de moi son complice pour saigner "Pyjama"
Et en faire une fête pour tous nos estomacs.
- « Il honore mes poules, mais il me les esquinte.
C'est "viol avec violence", si elles portent plainte! »
Je tiens solidement Pyjama par les pattes
Et lui bloque les ailes pour qu'il ne se débatte,
Elle lui tend le cou sur une casserole
Et plante franchement l'Opinel à virole.
Le sang de Pyjama s'écoule volontiers,
Un grand frémissement et il meurt sans crier...
Telle est la dure et saine loi de la nature :
Tout être est prédateur mais aussi nourriture !
En quatre mouvements, Pyjama est plumé,
Vidé et nettoyé, puis flambé et coupé
En solides portions et mis à mariner
Dans un Cairanne rouge où l'on a ajouté
Oignons piqués de clous de girofle et carottes,
Quelques baies de genièvres, sel, poivre et pas de flotte.
On laisse reposer au frais, toute une nuit.
Au matin on sort les morceaux que l'on essuie.
Au fond d'une sauteuse ou mieux d'une... cocotte,
Faites mousser du beurre dans de l'huile bien chaude,
Et faites-y dorer vos morceaux de volaille
Avec un peu d'oignon et quelques gousses d'ail.
Saupoudrez sur la fin avec de la farine
Toujours en remuant. Faut pas que ça calcine.
Flambez alors le tout avec un Armagnac,
Un marc de Châteauneuf ou bien un bon Cognac.
Puis vous passez dessus le jus de marinade,
Poivre, bouquet garni, sel (pas comme un malade).
Montez alors jusqu'à petite ébullition
Et cuisez doucement. La durée est fonction
De ce qu'est le bestiau. Pour Pyjama trois heures
Mais pour un coq d'hyper entre une et deux heures.
Préparez quelques cèpes, frais ou secs mais trempés,
Vous les sautez dans l'huile, les poivrez, les salez,
Puis vous les rajoutez à la préparation
Demi-heure avant la fin de votre cuisson.
À votre liaison il faut alors penser:
Sortez un verre de sauce, laissez-là reposer,
Puis battez-la avec jaune d'œuf et vinaigre,
De la farine en pluie. Fouettez d'un ton allègre!
Si vous l'avez gardé, vous rajoutez le sang.
Incorporez le tout dans le jus frémissant.
C'est prêt. Sans plus tarder arrêter le réchaud.
Vous buvez un canon et vous servez très chaud.
Avec des tagliatelles ou des pommes vapeur,
Et un bon Châteauneuf, on atteint le bonheur!
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour six personnes
Le coq au vin est un plat qui doit mijoter. Il s'accommode donc parfaite-ment d'une volaille ayant de l'âge. Il faut une viande qui tienne aux os, et des os solides. Il vous faut donc:
Pour la marinade: - l coq ancien de deux kilos, - 2 bouteilles de bon vin rouge A.a.C., - 2 oignons pour la marinade, - 1 demi kilo de carottes coupées en rondelles, - 4 clous de girofle, - l dizaine de baies de geniè-vre, - 2 cuillerées de gros sel, - poivre du moulin.
Pour le plat: - 2 cuillerées à soupe d'huile d'olive, - gros comme un œuf de beurre, - l oignon émincé, - 3 gousses d'ail, - un peu de farine, - l verre d'Armagnac, Cognac ou Marc de Provence, - l bouquet garni, - l cuillerée à soupe de sel fin.
Pour la sauce: - 1 jaune d' œuf, - l demi-verre de vinaigre de vin, - 2 cuillerées à soupe de farine, - le sang du coq si vous l'avez gardé, - 1 sachet de cèpes secs mis à tremper.
Les vins conseillés:
Pas de demi-mesure pour le coq au vin: les meilleurs rouges de la vallée du Rhône: Côtes-Rôties, Hermitage, Croze-Hermitage, Saint-Joseph, Châteauneuf-du-Pape, Lirac, Gigondas, Vacqueyras, Cairanne, Saint-Gervais, Séguret, Vinsobres, Visan, Sainte-Cécile-Ies- Vignes, Cornillon. En Coteaux du Languedoc, les vins chaleureux de Saint-Chinian, Faugères, Minervois, Corbières, Fitou.
Les Côtes du Roussillon "Villages" de Belesta, Estagel, Maury, les Col-lioure.
Les vins de Provence Coteaux des Baux, Palette, Bandol évidemment, Les Arcs, les grands rouges de Bellet.
14:08 Publié dans Cuisine/Gastronomie, poésie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gastronomie, coq au vin
15.02.2009
Laissons exulter les corps! Après le coeur et le cul, le VENTRE!
La gardiane camarguaise
Tout Provençal se doit, au moins une fois l'an,
D'aller se ressourcer, reprendre son élan,
De mettre le vaisseau de sa vie au grand largue
Dans l'eau, le sel, le vent, le soleil de Camargue.
Terres demi noyées, secouées de mistral
- Jumeau du fleuve-dieu, fleuve d'air magistral - -
Pétries et façonnées par le Rhône et la mer,
Puis soudain ravagées par le fleuve en colère.
Terres où le soleil fait naître des mirages,
Terre où le sol et l'onde hésitent leur partage,
Terres de solitude, rivages de naufrage,
Qui mesurent les hommes à l'aune du courage.
Digues, lônes, marais, étangs, sables mouvants,
Boue sèche et craquelée, cristaux étincelants
Du sel sur la sansouire, faisceaux arachnéens
Des tamaris en fleurs d'où s'envolent soudain
Des millions d'oiseaux venus d'ailleurs lointains,
Royaume incontesté des flamands africains.
Terre des chevaux blancs et des taureaux sauvages,
Où Mitrhra règne en dieu depuis le fond des âges.
Il faut voir la Camargue lorsque 1 'hiver l'étreint
Lorsque le ven terraù sauvage court sans frein,
Lorsque les Camarguais déplacent la manade:
Des milliers taureaux menés en cavalcade.
Conduits par cent gardians, par cent puissants centaures
Défile l'infernal troupeau de minotaures,
Taureaux noirs, chevaux blancs, aux narines fumantes
Remplissent la contrée d'une clameur géante.
Taureaux dont les meilleurs combattront dans l'arène
Face aux hommes, mains nus, que leur fierté entraîne
Entre les noirs poignards. Pour la rouge cocarde
Et les yeux d'une belle, ils défient la Camarde!
Certains de ces taureaux, à l'ardeur légendaire,
Adulées tels des dieux par la gent populaire,
Sont enterrés debout et ont leur mausolée,
Comme le grand Goya (1), l'immense Sanglier (2).
Ceux qui n'ont pas le sang pour les j eux et la gloire
Termineront leur vie dans une rôtissoire,
Car en mangeant Mytrhra, les Provençaux dévorent,
Avec sa chair, sa force. Et, ce faisant, l’honorent.
Cette hostie des gardians s'appelle "La gardiane".
— Oh ! Victor. Et alors, on les coupe ces couennes?
— Bien sûr, petit, mais je voulais que tu comprennes
Que c'est un plat sacré, et qu'il en vaut la peine.
Fais mariner trois tranches de taureau bien épaisses
Dans le l'huile d'olive. Rajoute avec largesse
Poivre et clous de girofle, ail, oignon, thym, laurier.
Laisse toute la nuit, comme pour du gibier.
Au fond de ta marmite, en fonte uniquement,
Dispose quelques couennes, de porc évidemment,
Sur lesquelles tu places une première tranche.
Couvre avec de l'oignon et de l'ail effilés,
Carottes en rondelles et du persil en branche,
Sel, poivre du moulin, un anchois en filets.
Tu fais ainsi trois couches. Enfin, pour terminer,
Zeste d'orange séché, girofle, laurier, thym,
Puis tu mouilles avec six grands verres de bon vin,
Du Costières de Nîmes, rouge carabiné.
Met ta marmite au four, fermée soigneusement,
Et fais cuire cinq heures, doucement, lentement.
Ce taureau parfumé, tendre, confis, moelleux,
Découvre-le sur table, et accompagne-le
D'une jatte fumante de long riz camarguais.
Dans les verres tu sers un Gallician bien gai.
Mais attention, petit, le riz est un plat riche,
N'en fais pas - c'est courant - de la colle d'affiche.
Pour qu'il ne colle pas, tu dois bien le laver,
C'est donc tout l'amidon qu'il te faut enlever.
Dans une jatte creuse ou un plat similaire,
Tu frottes entre tes mains le riz dans de l'eau claire,
Tu changes et recommences dès que ton eau blanchit,
Après quoi tu égouttes, tu bois et réfléchis:
Il y a plusieurs façons de cuire le riz blanc,
Comme les Espagnols, comme les Catalans,
Comme les Vietnamiens ou comme les Créoles,
Surtout pas comme les Français de métropole!
À Saïgon ou Vientiane, à Pnom Pen ou... Paris
C'est deux mesures d'eau par mesure de riz,
Tu couvres quand ça bout et tu réduis la flamme,
Si ça attache au fond, tu n'en fais pas un drame,
Tu ne sales pas l'eau, tu ne remues jamais,
Et tu laisses gonfler en tenant bien fermé.
Mais comme à Fort-de-France ou bien à Pointe-à-Pitre,
Tu fais bouillir ton riz dans de l'eau, plusieurs litres,
Légèrement salée. Quand c'est cuit tu égouttes,
Puis tu réserves au chaud, du beurre tu ajoutes.
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire,
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
D'un de ces vins subtils, poussés en Languedoc
Qui te rendent gaillard, solide comme un roc.
Ingrédients et proportions pour six personnes:
- Trois tranches épaisses de taureau à braiser, environ un kilo, - 4 ou cinq couennes de porc, - 1 kilo d'oignons paille émincés, - 2 têtes d'ail éplu-chées et également émincées, - 1 kilo de carottes découpées en rondel-les, - 4 ou 5 branches de persil non frisé, - 3 anchois en filets, - 3 verres d'huile d'olive, - 3 cuillerées à soupe de sel de Camargue, - poivre noir du moulin à la demande, - 6 clous de girofle, - 4 feuilles de laurier, - 3 cuillerées à soupe de sommités sèches de thym ou 3 ou 4 belles bran-ches de thym frais, - 1 zeste d'écorce d'orange séché, - 1 bouteille de bon vin rouge, - 500 grammes de riz long de Camargue.
Les vins conseillés:
La gardianne est un plat de haut goût qui demande des vins rouges puissants, épicés, tanniques. De grands Costières de Nîmes, comme
les Gallician font parfaitement l'affaire. Mais on l'accompagnera éga-lement avec bonheur d'un Côtes-du-Rhône de Saint-Joseph, d'un Croze-Hermitage, d'un Vacqueyras, d'un Gigondas, d'un Lirac ou d'un des nombreux crus "Villages" des Côtes-du-Rhône.
En vins du Languedoc et du Roussillon: Saint-Chinian, Faugères, Mi-nervois, Fitou, Collioure.
En vins de Provence: Bandol, Bellet, Palette, Pierrefeu, Gonfaron.
(1) (2) "Goya ", "Sanglier": noms de taureaux cocardiers célèbres. "Goya" a une statue à Beaucaire, "Sanglier" un mausolée à l'entrée de Le Cailar, en Camargue.
13:00 Publié dans Cuisine/Gastronomie, poésie, Tauromachie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gastronomie, camargue
19.12.2008
Alerte! V'là des Pères Noël d'ultra-gauche!
Dans une pièce quelque part dans le Grand Nord se tiennent quatre personnages. Au centre, un homme d’affaire avec l’uniforme de sa fonction : costumes sombre, cravate, attaché-case. Il fait les cent pas nerveusement. A ses côtés, trois pères Noël en robe rouge.
L’homme d’affaires les tance :
— Messieurs les père Noël, votre attitude est inadmissible ! Vous mettre en grève, dans le monde entier, la veille de Noël ! C’est un coup de force inacceptable. Virés ! Tous ! Vous allez tous être virés ! Un plan social planétaire !
Auriez-vous oubliés, Messieurs que c’est nous — le monde des affaires, les usines de jouets, le grand commerce — qui vous avons créé ? Qui vous avons inventé pour servir les intérêts de nos actionnaires ?
Auriez-vous oubliés que vous n’avez d’autre légitimité que celle du commerce ? Votre existence même est liée à l’efficacité avec laquelle vous incitez les enfants, et surtout leurs parents à acheter, acheter, acheter ! Acheter toujours plus de jouets toujours plus chers, toujours plus compliqués. Ceci afin que nos usines tournent, que nos établissements vendent, que nos profits se gonflent. Pour le plus grand bien de nos actionnaires, les retraités américains. Votre seule fonction est de faire en sorte que les enfants engraissent les retraités du Wisconsin et de Dallas ! Compris ?
Le père Noël le plus barbu prend alors la parole :
— Nous savons pertinemment que c’est vous, les gens des affaires, qui nous avez inventés. Nous savons très bien que nous n’avons pas de légitimité religieuse ou mythique, comme Saint-Nicolas, comme la Babouchka, comme la Béfana. Autant de personnages sympathiques, reflets de cultures ancestrales à travers le monde, et que vous avez — à travers nous — ridiculisés, ringardisés et jetés aux oubliettes. Nous savons tout cela.
— Alors fermez-là et travaillez ! Travaillez ! Vous m’entendez ? Prenez vos rennes — un troupeau dont l’entretien toute l’année nous coûte beaucoup d’argent tout comme ce siège social en Laponie, dans le grand nord de la Suède. Prenez vos rennes et partez livrer les produits de nos usines. Nous avons investi en promotion et publicités des milliards et des milliards. Ce n’est pas pour que le profit qu’en attendent nos actionnaires soit mis à mal par les états d’âme d’employés subalternes tels que vous !
— Non. Nous ne travaillerons pas cette nuit de Noël. Nous refusons de continuer à nous faire les complices d’une gigantesque opération de racket mondial et d’abrutissement de l’enfance. Nous ne livrerons pas vos jeux électroniques basés sur la violence et la mort. Nous ne livrerons pas tous ces gadgets, très chers, trop chers, qui ruinent les parents et n’intéressent que peu les enfants.
— Ggrrrr ! ! ! ! C’est une catastrophe ! Nos profits ! Mes stock-options ! Avec le mal que nous nous donnons depuis des années pour imposer aux enfants l’usage de nos jeux électroniques…
— Nous qui connaissons les gosses, nous qui voyons le rêve dans leurs yeux la veille de Noël, savez-vous ce que nous avons remarqué ? C’est que les enfants, au matin tant attendu jouent surtout… avec les cartons d’emballage des jouets coûteux que vous leur imposez ! Voilà pourquoi nous refusons dorénavant de nous faire les complices de votre entreprise de négation du rêve, de négation de toute culture. Nous refusons — nous pères Noël du monde — d’être vos instruments dans cette entreprise d’acculturation mondiale : partout une seule et même musique, partout les mêmes jouets chers et tuant l’imagination, partout une seule idéologie, celle de l’argent, du fric, du pognon.
Nous voulons, nous, pères Noël, que les enfants du monde rêvent, réfléchissent, s’épanouissent dans la diversité et la richesse de leurs cultures.

— Mais c’est une révolution ! Apprendre à réfléchir aux gosses… Puis quoi encore ? Ont-ils besoin de réfléchir pour devenir de bons consommateurs adultes ? Bien dociles et réceptifs à nos messages publicitaires ? Mais vous voulez tout foutre en l’air, ma parole ! Mes profit… Mes stock-options…
Avec tout l’argent que nous dépensons dans les télévisions, dans les ordinateurs, dans les play-stations pour empêcher les gens de réfléchir. Pourquoi pas la liberté, l’égalité, la fraternité puisque vous y êtes ? Révolutionnaires ! Sans-culottes ! Bolchéviques ! Vous allez nous ruiner avec vos dangereuses utopies ! Mais pour qui vous prenez-vous ?
— Pour des gens qui ont une grande responsabilité. Bien sûr, nous sommes vos créatures, mais nous tenons maintenant notre légitimité de notre succès. Des millions d’enfants du monde croient en nous et nous attendent avec espoir, la tête pleine d’étoiles. Nous ne pouvons pas les décevoir. Nous ferons donc notre tournée cette année encore…

— Ah ! Enfin une bonne parole ! Alors finis de jaser pour ne rien dire. Remplissez vos hottes, vos traîneaux, atteler vos rennes et, Oust ! Partez !
— Je crois que nous nous sommes mal compris. Nous allons faire notre tournée, mais pas pour livrer vos niaiseries. Nous allons porter aux enfants du monde des messages d’intelligence, des ferments de liberté, des gages d’égalité, des élans de fraternité.
— Ah ! Ah ! Laissez-moi ricaner… Et comment donc ?
— N’oubliez pas que nous sommes en Scandinavie, patrie des célèbres Prix Nobel. Eh bien nous, nous allons créer les “ Prix Noël ” ! Nous allons livrer dans les cheminées des enfants du monde des Livres ! Des Livres ! Car c’est dans les Livres que se trouve le Savoir, l’Intelligence, la Tolérance, la Concorde, l’Entraide, l’Amitié et l’Amour entre les enfants, entre les Hommes.
Tandis que l’homme d’affaire se ronge les poings en morigénant, les pères Noël s’en vont, leurs hottes pleines de livres, au trot tintinnabulant de leurs rennes ailés.
Rêve ? Heureusement qu’il reste le rêve : la dernière liberté…
09:04 Publié dans à l'attaque !, actualités, Famille, Loisirs/Culture, Shopping, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : père noël, escroc











